Le sujet a refait surface samedi soir lors de l’interview de Benoît Hamon dans “On n’est pas couché” : faut-il légaliser l’usage du cannabis ? Contrairement au burkini, le sujet du cannabis ne stimule pas particulièrement la verve de nos responsables politiques ; on éviterait même plutôt d’en parler, c’est la patate chaude. S’attaquer au problème ne peut que mécontenter une partie de l’électorat, alors mieux vaut oublier le sujet et n’en parler que si on y est obligé.

C’est que, hélas, trois fois hélas, on fume autant à gauche qu’à droite, et la fumette n’a pas de parti politique. Pourtant, l’usage du cannabis est un réel problème de société et de santé publique, tout particulièrement en France, qui arrive en tête des pays européens en termes de consommation. Du coup, il faut bien le reconnaître, la législation française actuelle n’a aucun effet sur la consommation.

Le cannabis est un produit dangereux, particulièrement chez les jeunes où l’usage régulier freine le développement intellectuel et peut provoquer des troubles psychiques. L’alcool et le tabac sont aussi des produits dangereux, mais pour lesquels on a développé des campagnes de sensibilisation qui commencent à porter leurs fruits aujourd’hui. Mais sur les dangers du cannabis, pas de campagne de sensibilisation de masse, ce qui est logique puisque l’usage en est interdit. On estime, pourtant, que 550.000 personnes en consomment régulièrement en France, et que deux lycéens sur cinq en ont fait l’expérience. Alors, que faire ?

Continuer à fermer les yeux et à réprimer de temps en temps un fumeur pour usage de drogues illicites ? Cette réponse au problème peut satisfaire un juriste mais pas un médecin, car elle ne règle pas le réel problème de santé publique que génère le cannabis. Faut-il réglementer son usage ? Une réglementation de la distribution pourrait sans doute permettre d’envisager une ébauche de solution : contrôle de la qualité des produits, mise en place d’une réelle politique de prévention, tarissement du marché clandestin et, accessoirement (?), retombées fiscales, sans pour autant renoncer à certaines interdictions telles que la conduite automobile, l’usage dans les lieux publics ou par les mineurs. Passé l’effet d’annonce qui pourrait encourager la consommation immédiate, il est peu probable que l’encadrement légal favorise la consommation à moyen et long terme.

Alors, devant l’échec de la politique actuelle basée sur l’interdiction pure et simple de l’usage du cannabis, il vaudrait mieux envisager le problème d’une manière pragmatique en évitant les discours moralisateurs. Oui, la consommation du cannabis est nocive, comme l’est celle de l’alcool, du tabac et de bien d’autres produits. Faut-il, pour autant, continuer à jouer l’autruche et refuser d’apporter une solution au problème sous prétexte qu’il ne serait pas moral d’autoriser l’usage de produits jugés nocifs, et laisser se développer une économie parallèle qu’on n’arrive pas à réprimer de manière efficace ? Ou vaut-il mieux canaliser les circuits de distribution, contrôler la qualité des produits et mettre en œuvre une véritable politique de prévention ?

Le débat est ouvert, les solutions sont d’ordre social et politique, le médecin ne peut que compter les points.

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