Depuis qu’Harlem Désir a troqué le costume de premier secrétaire du Parti socialiste, trop grand pour lui, contre un discret maroquin au Quai d’Orsay, tout va mieux rue de Solférino. Car désormais, c’est Jean-Christophe Cambadélis qui pilote le navire.

Et l’animal politique n’a pas perdu la main, réactivant dès qu’il le peut les bons vieux clivages, l’antique dialectique du « parti de demain » contre celui de la réaction. Les manipulations associatives des années 80 – SOS Racisme, Manifeste contre le Front national, etc. – ne sont pas bien loin pour ce technicien du langage.

Alors, quand Sarkozy se fait prendre à balbutier un timide « Abrogeons la loi Taubira », le baron de Solférino accourt, telle une hyène affamée suivie par sa meute docile, tous persuadés d’avoir trouvé la proie égarée. Pourtant, même s’il s’empresse de mordre, l’ancien lieutenant de Dominique Strauss-Kahn est comme perdu dans ce nouveau monde qu’il ne comprend guère. Quand il déclare que « l’ensemble de la droite est sans boussole », il se méprend. Car la droite est bel et bien perdue, mais pas faute de boussole. En fait, elle n’en a jamais eu autant. Et l’une d’entre elles indique un nouveau cap, un Sens commun qui, au-delà des calculs politiciens, va à l’opposé de ce que cette gauche culturelle nous impose depuis si longtemps.

Petite boussole, mais boussole dangereuse, qui oblige un ancien président de la République, un ancien ministre et un parlementaire à s’exposer sur des sujets que la droite fuit depuis toujours. La France deviendrait-elle conservatrice ? La gauche perdrait-elle petit à petit son emprise sur les esprits ?

Qu’à cela ne tienne, face à l’inconnu, Cambadélis préfère ressortir les crocs. « Comme pour la question de l’immigration », les propos de sur le mariage gay sont une « capitulation républicaine », proclame-t-il à qui veut bien l’entendre.

La technique est classique. L’ancien trotskiste déploie ses armes de moralisation massive. En deux lignes, vous êtes accusé et condamné.

Par la « capitulation républicaine », Sarkozy est instantanément revêtu des habits d’un Daladier se compromettant à Munich. En évoquant l’immigration, le premier secrétaire épaissit encore le trait. Il réactive les complexes que la vieille droite n’a toujours pas su dépasser. Dès lors, qui osera s’opposer ? Qui prendra le risque de se retrouver de l’autre côté du cordon sanitaire qui divise le monde politique depuis 40 ans ?

Seulement, dimanche dernier, la salle de l’Équinoxe n’était pas en Bavière. Et l’assistance n’était pas fascisante. Car ce que Jean-Christophe Cambadélis ne comprend pas, c’est que le XXe siècle est terminé. L’ordre moral qu’il impose aux Français depuis 40 ans ne fait plus peur. Comme il l’avouait le 15 septembre dernier au quotidien espagnol El País, « toutes les gauches européennes ont perdu le combat culturel ». Il est temps de prendre conscience que le français en fait aussi partie.

20 novembre 2014

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