Les images et les mots sont encore dans toutes les mémoires : c’était il y a seulement six semaines. L’ancien ministre du Budget, démissionnaire (ou faut-il dire démissionné ?), ployant sous le poids de ses forfaits, honteux et confus, penaud comme un renard qu’une poule aurait pris, « dévasté par le remords » et la queue basse, après avoir demandé pardon à tous ceux qu’il avait trompés, c’est-à-dire à tout le monde, faisait ses adieux à la vie publique.

est de nouveau sur le marché. Littéralement, et précisément sur celui de Villeneuve-sur-Lot. Tranquille et le sourire en coin, d’une affabilité confinant à l’arrogance, d’une tranquillité ressemblant à l’impudence, naturel revenu au galop, tel un Rocambole, un Fantomas ou un Zorro. Crainte, révérence, reconnaissance, les gens du cru lui ont fait un bon accueil. Aucun ne s’est permis en tout cas de lui tourner le dos.

« Il est gonflé… À sa place, je n’aurais pas osé », balbutiait le brave homme que les militants socialistes ont désigné pour les représenter à l’élection partielle du 16 juin prochain. De toute évidence, l’excellent et définitivement obscur Bernard Barral n’est pas du genre qui ose. Il n’aurait certainement pas osé truander, mentir et parader comme Cahuzac, il n’aurait donc pas été et il ne sera jamais dans le cas de se demander s’il est digne de montrer sa tête au peuple : elle n’en vaut pas la peine. À voir et à entendre le bonhomme, on pensait irrésistiblement à La Traversée de Paris et à l’odieuse et magnifique apostrophe que Grandgil (au cinéma, Jean Gabin) jette au visage des « salauds de pauvres ».

Les différents candidats retenus par les principaux partis politiques ont en commun l’absence de notoriété et, jusqu’à preuve du contraire, le manque d’envergure. Il y a eu là, pour le moins, une erreur d’appréciation. Pour dissiper le malaise créé par l’ et barrer définitivement la route à l’ancien député-maire de Villeneuve-sur-Lot, il aurait été plus judicieux de présenter des champions capables de boxer dans la même catégorie que le sortant. Aucun d’entre eux, ni dans le bien ni dans le mal, n’arrive à la cheville du voyou que ses électeurs regrettent d’avoir élu sans voir pour autant qui pourrait le remplacer.

Qui aurait dit, il y a six semaines, que oserait se montrer de nouveau sur les lieux de ses succès passés, qui aurait imaginé qu’il oserait de nouveau affronter le corps électoral, on lui aurait ri au nez. À la lumière de sa bravade, et dès lors qu’il jouit encore de ses droits civiques, l’hypothèse prend une singulière consistance.

Que peut attendre M. Cahuzac d’une éventuelle candidature ? Au minimum la douceur d’une vengeance qui apaiserait son orgueil blessé, la drôlerie d’un pied de nez aux camarades et amis qui l’ont lâché, renié et piétiné. À défaut de l’emporter, il est probablement à même d’empêcher le Parti socialiste d’être présent au second tour. Don Salluste, dans Ruy Blas, n’espère pas redevenir Premier ministre, il se satisfera d’avoir compromis et humilié la reine : « Ah vous m’avez pour femme offert votre servante / Moi je vous ai donné mon laquais pour amant ! »

Mais sans doute le grand homme déchu du Lot-et-Garonne voit-il plus loin et rêve-t-il que l’élection du 16 juin lui offre l’occasion d’en appeler de sa condamnation politico-médiatique et, dans une moderne ordalie, d’être lavé de ses péchés par le jugement du peuple comme au Moyen-Âge on s’en remettait au jugement de Dieu.

58 vues

12 mai 2013

Partager

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • Les liens sont interdits.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement !

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.