Brèves - Industrie - Justice - Politique - Presse - 5 septembre 2016

Cahuzac assure que le compte en Suisse servait à financer l'activité politique de Michel Rocard

Une bombe au premier jour du procès de Jérôme Cahuzac. L’ancien ministre du Budget, qui comparaît au tribunal correctionnel de Paris pour “fraude fiscale” et “blanchiment” a expliqué que le premier compte bancaire qu’il détenait en Suisse a servi à financer l’activité politique de Michel Rocard, l’ancien Premier ministre socialiste.

“Les sommes versées par les industriels sur ce compte n’étaient pas le fruit de mon travail mais vouées au financement d’activités politiques, j’ai accepté de participer par le biais de mon activité militante, détaille Jérôme Cahuzac. Mais précise: “Michel Rocard ignorait tout”.

Ces déclarations sont d’importantes révélations que Jérôme Cahuzac fait pour la première fois que ce soit devant les enquêteurs ou devant la justice. Interrogé sur les motivations qui l’ont poussé à ouvrir ce compte, il explique que de novembre 1992 à mai 1993, d’importants versements ont été réalisés par des laboratoires pharmaceutiques sur ce compte, en vue, selon l’ex-ministre de financer la campagne présidentielle de Michel Rocard en 1995, décédé le 2 juillet dernier.

La charge contre des responsables politiques

Jérôme Cahuzac explique alors que les laboratoires pharmaceutiques ne pouvaient plus verser d’argent pour soutenir la campagne de celui qui était alors Premier secrétaire du Parti socialiste, car les plafonds autorisés, dans le cadre de la loi relative aux financements des partis politiques, étaient atteints. Il charge alors des responsables politiques, dont il se refuse à communiquer les noms à la justice, qui lui auraient intimé l’idée d’ouvrir des comptes à l’étranger.

“J’ai demandé à Philippe Péninque (désormais proche du Front national, NDLR) d’ouvrir un compte en Suisse en 1992 (…), détaille alors Jérôme Cahuzac. Ce compte, c’est du financement d’activités politiques pour un homme dont j’espérais qu’il aurait un destin politique national.”

Interrogé alors sur les laboratoires à l’origine de ces versements, Jérôme Cahuzac refuse une nouvelle fois de répondre avant de citer le laboratoire Pfizer qui aurait procédé à “deux versements”. “L’argent ne pouvait pas venir des comptes officiels du laboratoire”, estime-t-il. Au total, dix versements auraient été effectués sur ce compte mais l’ancien ministre du Budget a accepté d’en sourcer que deux, l’un de 817.000 euros, le second de 504.000 euros.

Proche de Claude Evin

Jusqu’alors Jérôme Cahuzac avait expliqué que ces versements de Pfizer étaient en lien avec des missions de conseil qu’il avait réalisé pour le compte du laboratoire. Avec ces déclarations fracassantes, l’ancien ministre parle pour la première fois de l’hypothèse du financement politique. Cette thèse était pour le moment apparue uniquement dans le livre Dissimulations de Jean-Luc Barré, un proche de Jérôme Cahuzac.

L’historien expliquait alors que Jérôme Cahauzac qui était passé par le cabinet de Claude Evin, alors ministre des Affaires sociales entre 1988 et 1991, avait tissé des liens avec les laboratoires pharmaceutiques. Ces derniers voulant soutenir la campagne de Michel Rocard, l’ex-ministre avait laors servi de porte-valises. Mais c’est ce lundi, quatre ans après le déclenchement de l’un des plus grand scandale du quinquennat de Hollande, que Jérôme Cahuzac vient à en parler.

“Je ne voulais pas faire de mal à Rocard”

Alors ministre du Budget, face aux révélations de la presse, Jérôme Cahuzac avait nié en bloc devant les députés à l’Assemblée nationale, détenir des comptes en Suisse. Pourquoi avait-il menti à l’époque lui demande alors aujourd’hui le président du tribunal. “En 1min5, 1min10, je ruine 10 ans de travail, pour des raisons politiques et personnelles je n’accepte pas que ce soit révélé, je sais à ce moment là que ma vie est détruite, confie-t-il. Quand on s’est imposé des sacrifices, qu’on a imposé beaucoup de sacrifices à sa famille et qu’on s’aperçoit que dans un laps de temps tout peut être détruit, on résiste et ça me semble humain.”

Il ajoute à propos de ses révélations: “J’ai tout pris sur moi, je ne voulais pas faire de mal à des personnalités politiques qui m’en ont fait pourtant. Je ne voulais pas faire de mal à Michel Rocard.”

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