Culture - Editoriaux - International - Politique - Religion - Sport - 1 décembre 2015

Burkina Faso : la démocratie comme variable d’ajustements identitaires

Ce dimanche, au Burkina Faso, on votait à la fois massivement, doublement et… calmement. Rappelons que l’ancien chef d’État, Blaise Compaoré, eut dû démissionner, après presque trente ans de règne, suite à la bronca populaire qu’avait suscitée son intention de briguer un cinquième mandat présidentiel. Un gouvernement de transition s’était alors mis en place en novembre 2014, jusqu’au coup d’État avorté du 17 septembre dernier, ourdi par un proche de l’ancienne garde présidentielle de Compaoré.

Pas moins de 17.000 bureaux de vote recensés devant accueillir plus
de 5,5 millions d’électeurs pour des législatives et une présidentielle destinées à reconstituer institutionnellement l’armature politique et gouvernementale du pays, après une année de transition chaotique où un sankarisme reviviscent le disputait à la menace d’une guerre civile, eu égard, notamment, à ses frontières communes avec le Mali et le Niger.

Quatorze candidats devaient s’affronter, dont deux outsiders : Zéphirin Diabré, porté par son parti, l’Union pour le progrès et le changement (UPC), et Roch Marc Christian Kaboré, son adversaire du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Ce dernier est un serpent de mer de la vie politique burkinabé. Un temps proche de Compaoré (il fut son ministre des Transports et son Premier ministre), il milita dans les rangs de l’Union de lutte communiste reconstruite qui contribua à la prise du pouvoir par Thomas Sankara. Son ancien ami et collègue, Diabré, aura été son ministre de l’Économie, avant de rejoindre le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Soulignons, pour être complet, que Diabré est un Bissa, tandis que Kaboré est mossi de religion catholique, à l’instar de Compaoré. Sans surdéterminer, évidemment, la dimension ethnique du scrutin, gageons que les résultats des élections y seront indexés. Aussi ne doit-on pas, non plus, surestimer les habituelles niaiseries médiatiques occidentales qui, tel Libération, à l’issue d’un rapide micro-trottoir dans un quartier de Ouagadougou, laisse accroire que les électeurs seraient les ravis candides d’un éden démocratique qui semblerait introuvable chez nous : « “c’est très très très important, très très important, pour moi, de voter”, insiste Ablassé […] “C’est un beau jour, un jour merveilleux. Nous allons avoir des élections transparentes”. »

Il va de soi que les Burkinabé, comme la quasi-totalité des peuples du monde, aspirent à vivre tranquillement et, si possible, à participer, d’une façon ou d’une autre, selon les données propres à leur ADN culturel et historique, à la conduite de leurs affaires intérieures. C’est pourquoi il convient de savoir raison garder devant le message quasi subliminal que tente de faire passer une caste médiatique, notamment hexagonale, devenue l’auxiliaire propagandiste du pouvoir gouvernemental.

Les élections régionales se tiendront dans moins d’une semaine et, déjà, se profile le spectre hideux de l’abstentionniste qui, comme toujours, « fait le jeu de l’extrême droite ». En 2010, un électeur sur deux ne s’était pas déplacé. Ce qui relève d’une lassitude, conséquence d’un avachissement civique, moral et intellectuel, chez nous, se traduit différemment sur le continent noir. En dépit des sirènes de la mondialisation, les irrédentismes ethniques négro-africains demeurent les marqueurs d’enracinements irréductibles. Et l’on sait que la démocratie y a toujours servi de variable d’ajustements identitaires.

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