Accueil Culture Bulgarie : l’Allemagne arrive, la France s’en va…

Bulgarie : l’Allemagne arrive, la France s’en va…

Ces jours derniers, on votait en , pour des élections législatives dont les résultats pourraient bien être lourds de conséquences pour les équilibres européens à venir. Analyse.

Boïko Borissov, Premier ministre conservateur sortant et leader du parti GERB (« Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie »), vient de gagner le scrutin, sans pourtant emporter la victoire, puisqu’il exige qu’on refasse le match. Premier ministre depuis 2009, corrompu, cynique, il a tout fait pour étouffer une classe moyenne naissante sous le poids d’une fiscalité délirante. Non point pour assainir les finances de l’État, qui étaient jusqu’alors en bonne santé, grâce au précédent gouvernement d’une droite autrement plus patriote, de 1997 à 2001, mais afin de financer, à coups de commandes publiques, les projets pharaoniques de ses amis, non sans quelques petits avantages connexes.

Ainsi Boïko Borissov est-il, depuis, fort du soutien inconditionnel de l’Allemagne. Une protection qui ne s’est pas démentie, même quand au printemps dernier le gouvernement est tombé, suite à un hiver d’émeutes. En deux mois, le GERB a su, avec l’aide allemande, mener une campagne très onéreuse, compromettre ses adversaires avec un art de la diffamation poussé à l’excellence et revenir en force comme le parti le plus puissant dans le nouveau parlement à venir.

Car il faut aussi savoir que la Bulgarie est à la croisée du chemin de deux projets de gazoducs potentiellement très importants pour le futur du continent : Bourgas-Alexandroupolis (voulu par la Russie) et Nabucco (qui contourne la Russie, de fait crucial pour l’indépendance énergétique de l’). Pis, la Bulgarie se trouve au centre d’une région historiquement connue pour être la poudrière des Balkans ; autant de raisons pour les grands pays européens de s’assurer la complicité des pouvoirs sur place et de réduire la marge des puissances extra-européennes, dont les Américains et les Russes au premier chef. Seulement voilà, l’Allemagne d’Angela Merkel entend faire cavalier seul, sans aucun souci, même de pure apparence, des pudeurs que son ami Boïko Borissov pourrait avoir vis-à-vis de valeurs telles que l’État de droit, la liberté de la presse, etc.

Fort de ce choix plus stratégique qu’amical, Berlin démontre une fois de plus sa capacité à jouer le leader, avec douceur, force et maladresse…

Où en sommes-nous aujourd’hui face à cet imbroglio bulgare et balkanique ? La France est, depuis 1989, très présente en Bulgarie, de par sa diplomatie et son économie ; elle l’était déjà dès 1830, grâce à sa politique en matière de culture et d’éducation. Politiquement, elle soutenait, depuis François Mitterrand, la droite classique UFD (Union des forces démocratiques), le parti des dissidents anticommunistes, puis ses épigones conservateurs et libéraux, malgré les changements de présidents. À raison, la France considérait que ces formations possédaient des valeurs compatibles avec ce qu’elle entendait de longue date représenter dans le monde et que sa vision géopolitique de la Bulgarie correspondait à ses intérêts propres dans la région.

Nous attendons la suite avec impatience. Tout en étant conscients que nous pesons de moins en moins vis-à-vis d’une puissante Allemagne qui, elle, a su se doter d’un véritable chef d’État et d’une politique étrangère digne de ce nom, visant à long terme, puisqu’inscrite dans la géographie et surtout… l’histoire. Il est à craindre que nous en soyons encore loin.

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