Comme annoncé sur Boulevard Voltaire au lendemain de la conférence de presse de François Hollande, le budget 2015 tranche avec les précédents : contrairement à nos engagements européens, la réduction de la dette n’est plus prioritaire. À la place, Bercy nous a concocté une cote mal taillée mêlant baisse des charges pour les entreprises, baisse des impôts pour les ménages les plus pauvres, et un programme minimum de réduction de la dépense publique. Politiquement, c’est habile, car c’est bien connu, lorsqu’on doit négocier on ne se présente pas à la table de négociation sans garder une certaine marge. Et visiblement, le gouvernement pense qu’il sera plus difficile de négocier avec la Commission européenne qu’avec les Français. Côté recettes, en revanche, c’est toujours la même martingale. On part du déficit budgétaire que l’on s’est fixé et, par déduction, on calcule le taux de croissance qui est nécessaire pour l’obtenir. Vous l’avez compris, cet exercice n’a donc rien de scientifique. On nage en pleine opération de communication.

Madame Merkel a réagi comme on pouvait s’y attendre (« Nous laissons à Bruxelles le soin de porter un jugement sur le budget français ») et, dans la foulée, Bruxelles d’enchaîner : « Le budget français met l’euro en péril. »

Soyons honnêtes, l’exercice est très périlleux. La d’austérité drastique que souhaitent les libéraux de Bruxelles peut se révéler pire que le mal. L’Espagne et la ont choisi cette voie il y a deux et trois ans, respectivement, et sont toujours encalminés dans un océan de chômeurs et de dettes. Le gouvernement français essaie de se frayer un passage entre le marteau et l’enclume, ce n’est pas une solution pérenne mais cela permet, au moins, de gagner du temps. Il pourra toujours compter sur l’appui de Matteo Renzi qui semble adopter la même stratégie.

Mais l’essentiel est ailleurs. Étant donné que le poste remboursement de la dette est devenu le premier poste de dépense de l’État, la vraie question est de savoir combien de temps encore la France va pouvoir emprunter sur les marchés à des conditions exceptionnellement favorables. Gardons à l’esprit cette simple équation : avec une dette qui frôle 100 % du PIB, une variation de 1 % des taux d’intérêts équivaut à 1 % de déficit supplémentaire (1) et, pour mémoire, lors de la crise de 2011, le taux des emprunts souverains espagnols s’étaient tendus de plus de 4 % en quelques mois. Le marteau, l’enclume et l’épée de Damoclès en sus.

À ce sujet, je reviens sur un propos entendu mercredi soir dans l’émission d’Yves Calvi “C dans l’air”. À la question SMS “Pourquoi la France peut-elle encore emprunter à des conditions si favorables ?”, Marc Fiorentino, un habitué du plateau, a eu cette réponse d’une rare franchise et que chacun de nous devrait garder en mémoire : « …parce que les investisseurs considèrent que l’épargne des Français – bien supérieure au total de la dette – est déjà de facto nantie en leur faveur… ». On ne saurait être plus clair.

1 étalé sur une durée moyenne de 7 ans car, chaque année, l’État emprunte environ 1/7 de sa dette.

2 octobre 2014

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