gérait assez bien le Parti socialiste, en tant que premier secrétaire, surtout sachant qu’il en a hérité après le cataclysme d’avril 2002. En tant que Président, il ne s’agit plus de gérer, mais de diriger. Mais comment diriger quand, traité après traité, abandon après abandon, on a laissé les clefs du pouvoir dans la boîte à gants ? Terrible position que la sienne. Comme il n’est plus, par sa faute, en position de présider, il ne lui reste plus qu’à tenter de faire croire qu’il est encore Président.

Si ça commence à se voir chez les Français, ça se sait depuis belle lurette dans ces instances européennes qui viennent de nous faire leurs habituelles remontrances, en matière de déficit des retraites et de redressement du déficit des finances publiques, s’adressant à François Hollande comme on le ferait, dans une multinationale, au jeune préposé à la machine à café, prêt à nettoyer la moquette avec la langue et à aller chercher des sandwiches à genoux pour que son CDD se change en CDI.

D’où sa mâle sortie de ce jeudi matin : « La Commission européenne a des observations à faire, mais nous respecterons les objectifs que j’ai fixés moi-même. Elle n’a pas à nous dicter ce que nous devons faire. C’est à nous, et à nous seuls, de dire quel sera le bon chemin pour atteindre l’objectif. » C’est beau comme du Jean-Marie Le Pen. Enfin, ça pourrait…

Certes, tout l’art de la politique consiste parfois à enrober la réalité afin de la rendre un brin plus présentable ; bref, à mentir de temps à autre. Il est même arrivé que ça puisse marcher. Si, si. Nonobstant, l’exercice exige comme une sorte de minimum syndical de vraisemblance. En effet, comment cet homme, fils spirituel de Jean Monnet et de Jacques Delors, pur produit de l’européisme béat, n’ayant pas hésité à partager la une de Paris Match avec Nicolas Sarkozy, en 2005, afin de faire passer le référendum relatif au traité d’Amsterdam, tandis qu’en 1992, il jetait déjà toutes ses forces lors de celui de Maastricht, peut-il dénoncer aujourd’hui ce qu’il contribuait à mettre en place hier ?

Certes, une fois de plus, tout l’art de la politique consiste aussi à faire le contraire de ce que l’on dit, l’inverse valant également. À faire passer ses reniements pour des aménagements stratégiques. Mais là encore ne faut-il pas pousser trop loin le bouchon. François Hollande contre la technostructure européenne, c’est à peu près aussi crédible qu’un JoeyStarr dans Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Mais il faut bien vivre ; enfin, en l’occurrence, survivre dans l’enfer de ces sondages n’en finissant plus de dégringoler.

Hollande ? C’est le rat de laboratoire dans le labyrinthe. Il doit avancer pour ne pas mourir. Avancer où ? Il n’en sait fichtre rien. Alors, il déambule, avec le doigt mouillé pour seule boussole. Ses conseillers médiatiques, le brillant Claude Sérillon au premier chef, ont dû lui dire que s’étant vautré sur le chômage, les retraites, les délocalisations, les fermetures d’usines, le mariage pour tous et même la lutte contre l’insécurité, sa seule fenêtre de tir demeurait la rodomontade à tonalité eurosceptique.

Le pire, c’est qu’il a manifestement dû les écouter. Et que le voilà désormais réduit à jouer les ersatz de général Boulanger, à prendre des postures gaulliennes, négligeant ce simple fait : son actuelle stature est telle que dans un seul tricot de peau du Général, il y aurait encore trop de tissu pour lui tailler au moins trois gabardines. Quoi qu’il en soit, le petit François joue au hussard. Un hussard juché sur un cheval de bois. Avec une vuvuzela en guise de clairon et un coupe-ongles pour seul sabre. Nous en sommes là.

30 mai 2013

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