Editoriaux - Histoire - International - Sport - 22 mars 2017

Bruxelles, un an après…

C’était il y a un an.

Le 22 mars 2016 devait être de ces jours heureux s’ouvrant sur le printemps naissant.

La venait de pousser un soupir de soulagement après l’arrestation, quelques jours plus tôt, de Salah Abdeslam, impliqué dans les attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

Il y avait pourtant de quoi s’inquiéter : le jeune djihadiste avait été arrêté à Molenbeek, dans son fief, sous les quolibets d’une foule hostile aux policiers.

Dès potron-minet, les Belges s’étaient pourtant massés dans les transports publics pour se rendre à leur travail. D’autres s’apprêtaient à embarquer dans l’avion qui les mènerait vers leur lieu de vacances. Trente-deux personnes perdront la vie.

Si tous les attentats vous touchent, ils prennent une autre dimension lorsqu’ils ensanglantent la ville dans laquelle vous êtes né et avez grandi. Comme Bruxellois, j’ai pleuré ce jour-là les victimes, mais aussi ma ville que je ne reconnaissais plus, tant y fut nourrie la bête immonde.

Un an plus tard, la Belgique est-elle « plus sûre qu’au moment des attentats », comme le prétend le ministre de l’Intérieur belge Jan Jambon (N-VA, Nieuw-Vlaamse Alliantie, Alliance néo-flamande) ?

Si le réseau directement impliqué dans les attentats de Paris et de Bruxelles a été (pratiquement) démantelé, il est naïf de penser que le terrorisme puisse avoir disparu avec l’arrestation ou la mort des djihadistes qui ont frappé les deux capitales : l’islamisme a tué et tuera encore.

Les Belges ne sont d’ailleurs pas dupes : selon une enquête publiée aujourd’hui dans La Libre Belgique, trois quarts d’entre eux redoutent de nouveaux attentats.

À Molenbeek, épicentre du terrorisme mondial, on se réjouit qu’aucun départ vers la Syrie n’ait été acté ces douze derniers mois. Pourtant, il n’y a pas de quoi pavoiser : une enquête cible actuellement 142 ASBL (associations sans but lucratif), dont 74 pour leurs liens présumés avec le radicalisme.

Certaines mesures et promesses soulignent une bonne volonté de la part du gouvernement fédéral de centre droit : souhait de créer des tribunaux spéciaux pour terrorisme, changement de paradigme dans le domaine de la sécurité et du renseignement, mise en place d’une commission d’enquête. Seulement, la concrétisation tarde et les réponses aux questions se font attendre.

Surtout, on peut regretter que les bons sentiments règnent encore en maîtres à coups de sacro-saints poncifs : « Le racisme nourrit le terrorisme », « Il faut investir dans le vivre ensemble », « Faisons le djihad de l’amour »

Une éditorialiste bien en cour écrivait ce matin : « Et si leur haine nous avait contaminés ? » Pour étayer son propos, la même cite les succès de Trump, Orbán et Wilders comme autant de preuves que nous nous sommes aussi radicalisés et regrette que la « parole d’extrême droite [se soit] aujourd’hui banalisée ». Certains, apparemment, n’ont pas tiré les leçons du 22 mars. Malheureusement, en Belgique francophone, ils exercent encore leur magistère moral.

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