Sur 1, ce samedi 3 octobre, évoquant la « fascination pour Poutine » avec un air de demi-vierge effarouchée, le député Bruno Le Roux a eu bien du mal à cacher son désarroi. Il n’a pourtant pas été avare de mépris. Il est allé jusqu’à parler d’une « faiblesse d’esprit ». « Quand on est Français, tenant à la démocratie, voulant des règles […] », on ne se laisse pas séduire aveuglément par le « muscle ».

Le fait que certains Français affichent leur respect pour le maître du Kremlin n’est pas le fruit d’une petite adoration bourgeoise ou d’un quelconque goulag spirituel ! Il ne s’agit pas, non plus, d’un culte simpliste voué à la virilité premier cru.

En ce qui concerne la démocratie, celle-ci signifie parfois autre chose que ceux qui s’en réclament. Elle ne se résume pas à une pensée rosée. Elle ne découle pas d’un millénarisme informe où la lutte entre les gentils et les méchants, entre les purs et les impurs, constitue la condition sine qua non au progrès et au bonheur de l’humanité. La démocratie, c’est un peuple, en cohérence avec ses idées, qui désigne son chef.

Cette mentalité est accentuée par la conception que les Russes se font eux-mêmes du rapport État/citoyen, et que notre triste sieur ne semble pas saisir. Si, dans la occidentale, l’État est au service du citoyen, en Russie, c’est d’abord le citoyen qui est au service de l’État. De fait, notre ami socialiste n’est pas seulement grotesque lorsqu’il projette sa conception bien occidentale de la démocratie sur un pays qui, historiquement, n’a jamais vraiment connu la démocratie, il est aussi inculte !

La réalité russe est ancrée dans une nostalgie de l’ordre et de la grandeur indépendante de la forme du régime. Quant au charisme de Poutine, il n’est pas tant le fait du personnage en lui-même que de l’idée qu’il représente. Après, il ne suffit pas de croire à son propre poème pour lui donner vie.

Aussi s’emploie-t-il à dire ce qu’il va faire et fait ce qu’il dit. Ce qui semble parfois suffire à monsieur Le Roux pour parler d’« autoritarisme ». Ce n’est pourtant rien de plus que le volontarisme, l’activisme forcené d’un homme d’État aux yeux duquel défendre les intérêts de son pays n’est jamais éloigné de la défense de son identité propre, quitte à se faire détester.

Les Français n’ont peut-être jamais complètement aimé les chefs. Cependant, ils ont toujours été prompts à reconnaître leur valeur a posteriori. Mais comme ils n’ont plus de chef, ce qui peut être utile pour surmonter une crise - même en démocratie, c’est vous dire ! -, comment ne pas être admiratif devant un homme qui représente tout ce que nos dirigeants ont abandonné sur l’autel de l’immobilisme ? Qui plus est, un homme pour qui se faire aimer n’a jamais été consubstantiel au bon exercice de sa fonction.

5 octobre 2015

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