Quinze ans, c’est vrai, est l’âge des premiers stages de « découverte du milieu professionnel ». Quand fleurissent le printemps et les boutons d’acné sur les visages enchifrenés, on voit ainsi se traîner du côté de la machine à café des silhouettes d’adolescents fatigués : un passage d’une semaine en entreprise est obligatoire l’année du brevet des collèges.

On peut donc imaginer que monsieur , notre rondouillard ministre de l’Intérieur, est un père particulièrement attentif à la réussite de ses filles. Il est peu commun, en effet, de décrocher un stage à l’Assemblée nationale. Plus atypique, encore, d’y être rémunéré pour des jobs de vacances, y compris durant les vacances de printemps, et y compris – comble de l’extraordinaire – lorsqu’on est déjà en stage ailleurs.

Rappelons donc les faits, nullement niés par l’intéressé : entre 2009 et 2016, l’actuel ministre de l’Intérieur a employé ses filles comme « collaboratrices parlementaires » à l’Assemblée nationale, à partir de leurs 15/16 ans, soit 24 CDD en tout pour un montant avoisinant les 55.000 euros. L’aînée aurait, ainsi, touché jusqu’à 3.000 euros par mois pour des jobs de vacances, cela – à une occasion au moins – alors qu’elle était déjà en stage à l’étranger dans l’entreprise Yves Rocher. Quant à la plus jeune, ses emplois du temps se chevauchant, il faut croire qu’elle était collaboratrice à l’Assemblée le soir et lycéenne dans la journée.

Qui peut croire cela ?

Pas vous. Pas moi. Mais , oui. Invité, ce mardi matin, sur RTL, le patron du Parti socialiste a défendu avec vigueur ce bon monsieur Le Roux : « Toute peine mérite salaire. Le problème, pour moi, c’est le travail. S’il y a du travail, le député le rémunère. S’il n’y a pas de travail, c’est un emploi fictif. Pour l’instant, rien ne permet de le dire. »

« C’est banal, d’embaucher des filles adolescentes pour des contrats courts à l’Assemblée nationale ? », lui demande alors Élizabeth Martichoux. Cambadélis élude : « S’il y a un travail, c’est légal, et il n’y a pas de quoi critiquer. » Quant à demander à Bruno Le Roux de démissionner, pas question : « Bruno Le Roux n’est pas candidat à l’élection présidentielle, il fait très bien son travail, je ne vois pas aujourd’hui en quoi il devrait se mettre en retrait. »

Circulez, y a rien à voir…

Élizabeth Martichoux rappelle que Bruno Le Roux n’avait pourtant pas hésité à se montrer intransigeant lorsqu’a éclaté le Penelopegate, déclarant à cette même radio : « Je pense qu’il devrait y avoir une règle simple qui est que cela ne devrait pas être autorisé […] Je pense que c’est plus clair, c’est plus clair qu’il n’y ait pas de conjoint qui travaille avec les députés. » Sublime réponse de Cambadélis : « Ce n’était pas ses conjoints (sic) puisque c’était ses filles. »

Forcément, vu comme ça…

Pour sa défense, le brave père Le Roux ne peut avancer que son bon cœur : « J’ai essayé de leur faire découvrir un travail », dit-il. Et c’est sûr, collaborateur de papa à l’Assemblée nationale, c’est plus sympa que de remplir les rayons chez Lidl. Et puis, il ne les a employées que « sur des étés » ou « des périodes de vacances scolaires, mais jamais en permanence ». C’est heureux !

Finalement, ou , c’est la même défense.

« Et alors ? » comme dirait Fillon…

22 mars 2017

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