Mgr Aupetit se serait prononcé pour des vitraux et du mobilier moderne dans Notre-Dame de Paris. Est-ce une bonne idée ?

En réalité, je ne comprends pas ce besoin d’aller au-delà d’une restauration à l’identique. C’est le vœu des Français dans une immense majorité et, je le pense, d’une majorité des croyants. Cette magnifique cathédrale, si elle appartient à l’héritage des catholiques en France, si elle est le navire amiral de notre Église de France, il n’en demeure pas moins que, dans les faits, elle appartient à la nation qui en donne l’usage exclusif à l’Église catholique. Les Français ne souhaitent pas de « geste architectural » comme il en avait été question. La flèche sera reconstruite à l’identique, je ne vois pas pourquoi tout le reste ne doit pas être traité de la même manière.

Comment interprétez-vous cette décision de l’archevêque de Paris ?

Quand vous regardez les églises construites depuis les années 60, ce n’est pas toujours une totale réussite de bon goût et de lieu propice à la spiritualité. Une partie de la hiérarchie catholique est fascinée par l’air du temps et ne s’inscrit plus dans la tradition. Ils veulent être de leur temps et reconnu comme tel. Cela n’a pas de sens en tant que tel. Si cela avait été le cas au Moyen Âge, ils n’auraient jamais construit les cathédrales. C’était un travail où celui qui débutait le chantier ne voyait jamais achever son œuvre. C’est un formidable message d’humilité et d’espoir. J’ai que ces deux valeurs aient déserté l’esprit de certains prélats.

Le style des vitraux, la facture du mobilier… finalement, est-ce vraiment important, pour un catholique ?

Évidemment ! Regardez ces églises où l’on a remplacé les autels et le mobilier traditionnels au profit de « créations » qui ressemblent à du mobilier de bureau. Une église, c’est un tout, mais c’est aussi un lieu de mémoire, de tradition, et qui se marque par le siècle ou les siècles pendant lesquels elle a été construite en s’intégrant dans une histoire, pas dans un perpétuel présent. Cette histoire de modifier les vitraux me choque. Faut-il que l’on modifie à ce point la beauté du message pour l’adapter à je ne sais quoi ? C’est, à mon avis, la voie de la perte de sens et ça ne remplira pas les églises si vous mettez des LED ou si vous ajoutez des prises USB sur les bancs.

Une partie des catholiques manifestent, d’ailleurs, toutes les semaines pour la reprise du culte. Comprenez-vous ce mouvement ?

La foi catholique, contrairement à celle de nos compatriotes juifs ou musulmans, n’a pas ou peu de rites individuels ou domestiques. Ce qui forge notre pratique, c’est la communion et l’eucharistie. Elles ne peuvent être pratiquées individuellement. C’est pourquoi je comprends les catholiques qui demandent la réouverture des églises tout en précisant qu’ils ne la réclament pas sans respect de l’application d’un protocole sanitaire. Sans elles, ils ne peuvent pas pratiquer leur foi. C’est aussi simple que cela. Je sais que certains catholiques, certainement « avancés », nous expliquent que l’on peut pratiquer l’eucharistie autrement et la communion aussi… Tout cela va dans le sens d’un culte laïc qui n’a rien à voir avec la foi.

Entretien réalisé par Marc Eynaud.

23 novembre 2020

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