Comment les catholiques britanniques se sont positionnés lors du référendum sur le  ?

Manifestement, ils sont divisés, comme ceux du continent. Pendant longtemps, le projet européen a été pensé en Grande-Bretagne comme une machine de guerre téléguidée par le Vatican, d’où, a contrario, un tropisme bienveillant de la part des catholiques. Ce n’est plus le cas. Certains des eurosceptiques les plus constants sont catholiques. Ils considèrent que l’ de Bruxelles est devenue athée, bureaucratique, aussi peu solidaire que possible, et s’est éloignée du génie de la civilisation européenne.

Pour autant, l’épiscopat est resté sur une ligne légitimiste et conformiste, dans la tradition démocrate-chrétienne. Officiellement et normalement, les évêques n’ont pas pris position. Ils ont publié une déclaration commune dans laquelle ils ont exhorté les catholiques à s’informer sérieusement des arguments pour et contre l’adhésion à l’, en affirmant que le résultat du vote aurait des conséquences pour l’avenir, “non seulement au , mais pour l’Europe et pour le monde”. Difficile d’être plus consensuel.

Le chef de l’Église catholique d’Angleterre et du pays de Galles, le cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster, a cependant implicitement indiqué son soutien au remain camp en craignant que la Grande-Bretagne ait à faire face à des “problèmes complexes” si les électeurs choisissaient de quitter l’Union européenne. Son prédécesseur, le cardinal Cormac Murphy-O’Connor, est allé plus loin en soutenant avec force le remain dans un article paru dans The Spectator.

Mais un évêque s’est opposé clairement à l’unanimisme de l’establishment. est l’archevêque catholique de Southwark, un diocèse qui couvre le sud de Londres. Il est président de la Commission épiscopale responsabilité chrétienne et citoyenneté et vice-président de la Conférence des évêques d’Angleterre et du pays de Galles. Dans une interview à Radio Vatican, il a dit tout le mal qu’il pensait de la campagne du référendum proposé aux électeurs britanniques… et en particulier des arguments des adversaires du Brexit.

Le Catholic Herald (23 mai 2016) a rapporté ses propos. Pour lui, l’Union européenne s’est fourvoyée en voulant se transformer en super-État (super-state). Il estime que la recherche de la cohésion entre les États membres ne pouvait pas se faire au prix de leur souveraineté légitime. L’archevêque avoue même que la perte de la souveraineté britannique au profit de ce projet d’“États-Unis” européens était “difficile à avaler”. Il a également dénoncé la monnaie unique comme un échec, nuisible aux pays les plus pauvres, ajoutant qu’il était heureux que la Grande-Bretagne ne l’ait pas adoptée.

Mgr Smith a ouvertement critiqué la campagne “for attempting”, au motif qu’elle cherche à faire peur (to scare) aux électeurs s’ils ne veulent pas rester dans l’Union européenne. Il a même considéré “ridicules” les prévisions économiques catastrophiques de George Osborne, le chancelier de l’Échiquier [ministre des Finances, ndlr], en cas de victoire du Brexit.

Pour l’archevêque, l’une des conséquences possibles du Brexit pourrait être la désintégration de l’Union européenne si d’autres pays suivent l’exemple de la Grande-Bretagne. Ce qui n’a pas l’heur de lui déplaire. Le catastrophisme n’est pas une politique.

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