Nous ne sommes pas britanniques, mais hier, nous étions très nombreux à nous sentir anglais, soulagés qu'un grand peuple européen ait eu le courage de dire: "Non, ça suffit!"

Ce fut un grand moment de démocratie anglaise : un référendum sur une question fondamentale, une campagne passionnée, un réel enjeu, une participation historique, un score clair, un Premier ministre responsable qui annonce sa démission et passera le relais à un gouvernement chargé d'appliquer la volonté populaire.

Dire cela, c'est pointer toutes les carences de la démocratie et de la classe politique françaises, et surtout l'irresponsabilité de ceux qui n'ont tenu aucun compte du référendum de 2005, non seulement en ne démissionnant pas (M. Chirac en 2005) mais, en plus, en contournant ce vote par une ratification parlementaire (MM. Sarkozy, Fillon et consorts en 2008). Ne parlons même pas de l'inconsistance de M. Hollande et des socialistes français.

Ce à quoi les Britanniques ont dit non, d'abord, comme le disait M. Le Gallou, c'est à cette classe politique-là, dont M. Cameron restera le symbole. Symbole du "coup" politique, de la tentative de jouer sur les deux tableaux : un peu populiste dans mon pays, un peu européen à Bruxelles, pour rafler la mise des deux côtés. Les peuples ne sont plus dupes. Et, chez nous, ces hommes politiques-là, sans conviction ni courage véritables, au double langage ajusté selon les moments et les interlocuteurs, sont malheureusement très nombreux. Ils ont du souci à se faire.

Et face à ce grand moment de démocratie, il était amusant d'entendre, sur toutes les radios, les déplorations de cette classe politique et des journalistes qui avaient soudain perdu leur enthousiasme démocratique. Ah, quand le peuple ne vote pas comme il faut, comme c'est triste ! Une régression ! L'événement le plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale... Dame ! Et il était touchant de voir que ces élites aveuglées continuaient à imputer ce "non" à des questions économiques. Sans voir que la question identitaire et migratoire était, bien sûr, la raison essentielle de ce et de son ampleur, comme l'a dit M. Le Gallou. Il y a fort à parier que l'élection à la mairie de Londres, il y a deux mois, d'un candidat musulman a créé un choc dans tout le pays. Ces deux votes sont les deux versants d'un tournant historique en Europe.

Retour du peuple qui se mobilise et qui veut affirmer sa volonté et ses refus. Retour de la nation. Et retour, paradoxalement, d'une identité européenne refoulée ou ensommeillée. Longtemps, l'Europe s'est construite et définie en fonction de ses ennemis. Face au bloc communiste, l'Europe était la terre de la liberté et du marché. Avec la disparition de cet ennemi, cette identité de circonstance s'est délitée. D'une part car la liberté et le marché, ça ne vous construit pas une identité forte et durable. D'autre part car ces deux valeurs ont été des vecteurs d'affaiblissement et d'angoisse pour les peuples européens : mondialisation, effondrement économique et vague migratoire musulmane sans précédent. Cette fausse identité perdue, les peuples européens fragilisés ont voulu, comme tout individu menacé, se raccrocher à ce qui leur restait : leur patrie et leur culture.

La nation est une idée neuve en Europe. Il faut s'en réjouir, n'en déplaise aux populophobes et aux patriophobes. Et il nous faut des patriotes sincères et visionnaires pour construire, enfin, l'Europe des peuples et des nations, avec fermeté et sérénité.

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25 juin 2016

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