Brésil : le scandale Petrobras atteint la présidente Dilma Rousseff

Petrobras. Un État dans l’État, pris dans la tourmente du plus grand scandale politico-financier de l’histoire du Brésil. Au Brésil, le scandale est appelé “Opération lavage haute pression”.

Première compagnie de l’hémisphère sud en capitalisation boursière, première d’Amérique latine, Petrobras est à la pointe de l’exploration pétrolière en eau profonde et présente dans 27 pays. Détenue à 54 % par l’État brésilien, elle est considérée comme un véritable trésor national, un motif de fierté, une “incarnation de la souveraineté nationale”. Petrobras était le symbole même de la nouvelle puissance économique brésilienne. Petrobras est aussi un important sponsor de la culture brésilienne.

Cette manne pétrolière et gazière faisait de Petrobras la poule aux œufs d’or de l’État brésilien depuis des décennies. Puisant sans vergogne dans les bénéfices extraordinaires générés par le conglomérat, hauts responsables et politiques avaient pris l’habitude depuis longtemps de se servir à volonté. Au moins 10 milliards de réaux auraient été détournés (3 milliards d’euros) d’après les estimations des enquêteurs. Le coût du manque à gagner est même répercuté sur le prix à la pompe ! Un exemple parmi tant d’autres : en 2008, le président Luiz Inácio Lula da Silva ordonnait aux dirigeants de Petrobras de verser l’équivalent de 300.000 euros à chacune des 12 écoles de samba de Rio de Janeiro un mois avant le lancement du sacro-saint carnaval. Les dirigeants de Petrobras durent s’incliner.

Alberto Youssef, contrebandier et trafiquant en tout genre, est à l’origine de l’ouverture de l’enquête, il y a un an. Avec d’anciens directeurs de Petrobras, il avait organisé un gigantesque système de blanchiment d’argent impliquant des politiciens, y compris certains gravitant dans l’entourage de l’actuelle présidente Dilma Rousseff. Des enquêtes ont été ouvertes contre une cinquantaine de personnalités, dont de nombreux politiques, ministres, députés, sénateurs.

La présidente Rousseff n’obtient plus que 23 % d’opinions favorables dans les sondages. La rue brésilienne ne semble d’ailleurs pas croire en l’innocence de Rousseff qui, rappelons-le, était ministre des Mines et de l’Énergie mais aussi présidente du conseil d’administration de Petrobras de 2002 à 2010. Les groupes d’opposants au régime se multiplient et exigent la mise en accusation (impeachment) de la présidente. Malgré de fortes présomptions, les accusations d’incompétence dont Rousseff est la cible ne suffisent pas à destituer un chef d’État brésilien.

Le scandale va continuer à avoir des répercussions sur l’avenir de la nation tout entière. Le Brésil vient de perdre encore 1 % de son PIB d’après le président du Parlement Eduardo Cunha, lui même soupçonné dans l’affaire. Les réformes nécessaires n’ont pas eu lieu lors de l’embellie éphémère des années 2000, elle seront plus que jamais compliquées à faire passer dans un pays avec une économie en berne et des tensions sociales attisées par le cynisme sans limite de la classe politique.

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