Cinéma - Editoriaux - Politique - Société - 19 juillet 2014

Bouvines, les Visiteurs et le génie de la France

En pensant à Bouvines (à fêter le 27 juillet prochain), je me dis qu’il faut voir et revoir les Visiteurs. Car toute la génération qui vote mal aujourd’hui a bizarrement appris à parler le français dans ce film !

Les Visiteurs est un film-culte car il rend hommage à nos ancêtres, et les faisant nous visiter ; il rend hommage au christianisme bouillonnant de l’époque mais aussi au comportement païen des bonnes gens ; il démontre le caractère trifonctionnel de la société médiévale et il célèbre enfin une royauté de la grandeur et du sacré.

C’est aussi un film nostalgique aussi, d’amour aussi, montrant une aristocratie guerrière, dure et naïve, mal à son aise à notre époque. Film provocant, aussi montrant la France se recouvrant de « Sarrazins », de restaus crades, d’autoroutes, de roulottes et de pollutions. Film insolent enfin, car montrant la capacité instantanée d’adaptation du serf et son américanisation (le look, la voiture, le billard) immédiate.

Sans oublier la clocharde “madame Ouille” qui n’aime pas les aristos et ne jure que par Michel Drucker !

La puissance du film (qu’adorent les étrangers qui apprennent encore le français) vient de la force de ce langage génial et déglingué (« il ronchie dans des habits de bouffon ») que Christian Clavier et Jean-Marie Poiré ont inventé malgré les attaques des benêts universitaires.

Mais le succès est surtout venu des enfants qui ont été frappés par le coup du Sarrazin et par le génie de la langue, son inventivité, ses allusions perdues. On a adoré pasticher Jacquouille et messire Hubert, on s’est rappelé que l’on pourrait aisément – si on le voulait politiquement – remplacer les mots anglais dans notre langue : il suffirait comme on l’avait fait une fois de le demander aux enfants !

Toute une génération a pu alors se ressourcer et redécouvrir ses racines linguistiques, même à la sauce farfelue – surtout à la sauce farfelue ; car il y a quand même eu cent fois plus de spectateurs en salle que pour le Perceval d’Eric Rohmer !
Le génie de la langue est certes aussi un fait de l’enracinement, fait de ses particularités, de ses accents, de son référent. Que l’on pense simplement à Pagnol et son français “avé l’assent“…

Ce n’est pas pour rien que le déracinement globalisé passe par l’emploi d’un basic English qui est à Shakespeare ce que le rat d’égout est au tigre du Bengale.

Mais là, les racines de la langue ont fait exulter une jeune génération qui seule pouvait comprendre ce français… de souche et qui d’ailleurs vote aujourd’hui incorrectement.

On ne s’étonnera pas enfin de la similitude du titre avec le si célèbre film de Carné, qui date de l’occupation et traite bien sûr des mêmes sujets : une certaine occupation. Car Hubert voit bien comme nous que la police de la pensée, les gendarmes et les psys sont partout.

Il ne lui manque que le fisc aux trousses : il ne reste pas assez longtemps.
Mais nos élites hostiles vont avoir leurs électeurs aux trousses.

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