Une opportune révision ayant aboli en novembre 2008 la limitation du nombre des mandats présidentiels, c’est en parfaite conformité avec une Constitution sur mesure que le Comité central du FLN, qui n’est plus parti unique mais est resté parti majoritaire en , a fait le choix d’ pour être son candidat à l’élection présidentielle de 2014. Le président sortant a été désigné à l’unanimité des 288 membres présents, mais en l’absence d’une cinquantaine de délégués qui contestent la légitimité du nouveau secrétaire général et homme fort du parti, Amar Saïdani, et par suite la régularité du scrutin.

M. Bouteflika n’en semble pas moins assuré de rempiler pour un quatrième quinquennat, du moins lorsqu’il se sera prononcé. Pure formalité ? Pas si l’on prend le mot au pied de la lettre. De retour dans son pays après deux AVC qui lui ont valu une hospitalisation de trois mois en France, le chef de l’État algérien n’est pas réapparu en public depuis juillet dernier. Tout au plus les Algériens ont-ils pu l’apercevoir une fois à la télévision, recroquevillé dans son fauteuil et tenant une tasse de café d’une main tremblante. Ils ont appris par la suite, de source officielle, que sa santé ne cessait de s’améliorer, qu’il avait même présidé un Conseil des ministres et reçu à plusieurs reprises des visiteurs étrangers et des dirigeants algériens. Quant à le voir en un peu de chair et beaucoup d’os, quant à l’entendre en live, c’est une autre affaire.

Certes, M. Saïdani a fait valoir que Franklin Delano Roosevelt avait été reconduit à trois reprises à la Maison-Blanche bien que condamné à la chaise roulante. Argument qui donne à penser que M. Bouteflika est désormais impotent. En dépit de l’apparente analogie, deux différences sautent aux yeux : Roosevelt avait à chaque fois été désigné par la Convention de son parti, mais dans une totale transparence, aux suffrages de ses concitoyens, et ses capacités d’expression et de réflexion demeurèrent intactes jusqu’à la fin. En revanche, une totale opacité est entretenue autour de M. Bouteflika et ce n’est pas la Faculté, mais le clan familial, les apparatchiks du FLN et surtout le quarteron de généraux et de policiers qui règnent dans l’ombre et se gorgent comme des sangsues des richesses de l’Algérie qui l’ont jugé apte à prolonger de cinq ans le mandat qu’il a reçu pour la première fois en 1999.

M. Bouteflika sera réélu. Au prestige que lui vaut le fait d’être un « moudjahid », dernier chef « historique » à avoir été mêlé en 1962 aux négociations d’Évian, il joint le mérite incontesté d’avoir clos le chapitre de l’abominable guerre civile qui a ravagé le pays pendant plus de dix ans et fermé la porte au nez de la contre-révolution obscurantiste. Il restera donc chef d’État aussi longtemps qu’Allah, avec l’aide des meilleurs spécialistes, en aura décidé. Mais dans quel état, et avec quels pouvoirs ? Les progrès de la médecine ne marchent pas du même pas que ceux de la démocratie.

Décidément d’attaque (c’est le nom sous lequel on désignait, il y a peu encore, les AVC) M. Bouteflika sera-t-il à même de reparaître un jour sur la scène internationale ? Par exemple lors d’un G-je-ne-sais-combien, ou d’une quelconque assemblée générale de l’ONU où il figurerait en bonne place aux côtés de ses homologues toujours vivants et, comme lui, bon pied bon œil : George Bush père, Nelson Mandela, Helmut Kohl, Jacques Chirac, Ariel Sharon. Pour que la fête soit complète, il n’y manquerait que Ramsès II et Mrs. Thatcher. À moins qu’ils ne s’invitent au dernier moment.

18 novembre 2013

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