En ces temps de « modération » salariale, et le mot est faible, les entreprises françaises cotées en Bourse ont battu un record que l’on n’attendait pas, celui des dividendes versés à leurs actionnaires 2. Cette performance paradoxale illustre un phénomène observé dans entier depuis la fin des années 90. Quelle que soit la conjoncture, le « capital » continue d’être rémunéré à un rythme élevé, bien supérieur à celui de la croissance de l‘activité économique. Pourquoi ? Parce que les prix des actifs financiers et immobiliers flambent.

Qu’il y ait des riches et des pauvres est dans la nature des choses, l’égalité est une illusion et l’égalitarisme une tyrannie. Il existe des façons de s’enrichir illégales (la fraude), d’autres parfaitement légales mais tout autant immorales (la finance), et des professions outrageusement privilégiées qui tirent partie au maximum des effets de masse liés à la mondialisation (le spectacle et le sport). Mais cela – en nombre d’individus – compte peu, quoique… Dans les faits, l’immense majorité des revenus des « riches » (plus-values latentes comprises) provient de leur immobilier et de leur portefeuille d’actions c’est-à-dire de leur opportunisme plutôt que de leur travail ce qui a priori n’est pas déshonorant. Ceci est vrai cependant, lorsque les marchés sont soumis aux seuls aléas de la conjoncture économique sans que l’État s’en mêle. Or justement il s’en mêle et c’est bien là où le bât blesse.

Ces dernières années, qui n’a pas entendu parler de la politique de la planche à billets ? Pourtant, des billets, guère sont ceux qui en ont vu la couleur, et pour cause, puisque les seuls bénéficiaires ont été les banques qui se sont empressées d’investir cette manne inépuisable sur les marchés. La Bourse monte et enrichit les investisseurs non pas à cause de la hausse des bénéfices mais de l’afflux de liquidités voulu et orchestré par les Banques Centrales.

De même qui n’a pas entendu parler de la politique de bas taux d’intérêt qui permettrait, dit-on, à tout un chacun d’emprunter à des conditions favorables. Sauf que la hausse des prix qui en a résulté a exclu de facto neuf ménages sur dix du marché. Même à taux zéro l’endettement a des limites. La logique derrière cette politique volontariste – pour préserver l’emploi, préservons l’employeur – nonobstant de s‘être avérée erronée dans les faits (cf. chiffres du chômage) ne cache-t-elle pas en définitive une reddition en rase campagne des autorités devant la loi du plus riche ?

Si ces interventions massives des autorités financières, qui ont pour effet d’augmenter la richesse d’une faible minorité de la population, étaient indolores pour le reste de la collectivité, tout au plus pourrait-on dénoncer une collusion d’intérêt. Sauf qu’elles ne le sont pas. La hausse de l’immobilier, bien que non comptabilisée dans le calcul de l’inflation, rogne sur le pouvoir d’achat et la bulle financière porte en germe tous les ingrédients qui présideront inéluctablement à son explosion, avec les conséquences que l’on sait.

Aurait-on déjà oublié que les deux dernières crises – bulle internet (1999-2000) et des subprimes (2008)- ont eu pour origine une spéculation débridée alimentée par le laxisme des autorités financières ? Aurait-on aussi oublié que ces crises ont été à l’origine de près de dix millions de chômeurs supplémentaires, sans parler de l’alourdissement vertigineux des dettes publiques ?

Notes:

  1. + 30,3% sur un an, pour un total de 40,7 milliards de dollars, loin devant la première économie européenne, l’Allemagne (3,9% de hausse pour 33,7 milliards de dollars versés), ou encore le Royaume-Uni (+9,7%).
  2. + 30,3% sur un an, pour un total de 40,7 milliards de dollars, loin devant la première économie européenne, l’Allemagne (3,9% de hausse pour 33,7 milliards de dollars versés), ou encore le Royaume-Uni (+9,7%).

3 septembre 2014

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