C’est ce qui s’appelle une résurrection : tandis que les crachats répandus, des jours durant, sur sa tombe politique n’avaient pas encore fini de sécher, est revenu à la vie en devenant secrétaire d’État aux Affaires étrangères. L’homme, à l’apparence de comédien de stand-up, revient donc là où il excelle : sur le devant de la scène.

Avant d’entrer en politique, le trublion à la chevelure ébouriffée était journaliste. Et pas dans n’importe quel journal, puisqu’il a, pendant un an, noirci les colonnes du vénérable Times avant de se faire licencier pour avoir inventé de toute pièce une citation.

Le Daily Telegraph viendra à sa rescousse et l’enverra se racheter une virginité à Bruxelles. C’est pourtant mal connaître Boris Johnson que de croire qu’il aurait pu s’assagir sur le continent : à coups d’audaces, que d’aucuns percevront comme autant d’exagérations, Johnson relate les coulisses des institutions et devient le journaliste préféré de Margaret Thatcher.

Boris Johnson entre à la Chambre des communes au début du millénaire et intègre le cabinet fantôme en charge de l’enseignement supérieur au mitan de la première décennie du présent siècle. Il est élu maire de Londres en 2008, où son travail sera reconnu des Londoniens.

À l’occasion de la campagne précédant le référendum sur la sortie du de l’Union européenne, il devient un des fers de lance du Brexit, s’opposant ainsi au Premier ministre David Cameron. Il refuse, néanmoins, rapidement de se porter candidat au poste suprême après le vote britannique ; de quoi susciter les railleries sur son manque de courage.

Mais l’homme sait y faire. La polémique est, chez lui, tout un art, savamment entretenu. Son slogan de campagne en 2004 n’a pas manqué de faire réagir : “Si vous votez pour les Tories, votre femme aura de plus gros seins et vous augmenterez vos chances d’avoir une BMW.” Il y a, assurément, du en Boris Johnson. Les djihadistes sont, pour lui, “des branleurs qui pratiquent la masturbation intensive”.

L’entrée de Boris Johnson dans le nouveau gouvernement de Sa Majesté rassurera les partisans du Brexit. Sa vision de l’ institutionnelle est d’ailleurs assez tranchée : “Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont essayé de le faire, et cela s’est terminé de manière tragique. L’Union européenne est une autre tentative avec des méthodes différentes.”

Son rôle dans les tractations à venir restera néanmoins limité puisqu’elles seront essentiellement menées par Theresa May et David Davis, chargé de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le nouveau secrétaire d’État au Commerce extérieur, le très à droite Liam Fox, aura également davantage de responsabilités que lui dans un espace d’échanges à renouveler.

L’entrée de BoJo, ou « Boris le bouffon » pour ses détracteurs, au gouvernement symbolise l’arrivée au pouvoir, partout sur le continent, de politiciens entendant rompre avec le politiquement correct.

14 juillet 2016

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