Face à la détermination de ce mouvement historiquement ancien que constituent les « », on peut se demander s’il a une chance d’être entendu par l’autiste Hollande et son boulet de gouvernement. On doit s’interroger d’autant plus qu’on ne peut manquer de dresser un parallèle des plus évidents avec la « Manif pour tous ».

Souvenons-nous que cette dernière, notamment lors de sa deuxième sortie monstre, le 24 mars dernier, qui eût pu tout balayer sur son passage si la pusillanimité crypto-légaliste des manifestants sous frigide influence ne l’avait emportée sur une sourde mais réelle dynamique révolutionnaire – insurrectionnelle, à tout le moins – avait des résonances sociales manifestes. Les slogans scandés tout comme les banderoles brandies par ces gens bien élevés (pour reprendre l’heureuse formule de Gabrielle Cluzel) qui n’avaient guère l’habitude de descendre dans la rue témoignaient de préoccupations à mille lieues des récriminations narcisso-capricieuses de lobbies grassement stipendiés bien qu’ultra-minoritaires.

« On veut du boulot, pas du mariage homo ! », pouvait-on lire ou entendre en substance. Las ! Le mouvement, comme on le sait, a fait « pschitt », la loi Taubira ayant été adoptée et promulguée, tandis qu’émergeaient, çà et là, des « Veilleurs » et des « Marcheurs » chargés d’entretenir la vacillante flammèche d’une fièvre populaire avortée.

Dès lors, que peut-on attendre des « Bonnets rouges », dont l’économiste Jacques Sapir nous rappelle « que ce nom recouvre l’une des plus grandes révoltes de l’Ancien Régime, qui survint en Bretagne sous le règne de Louis XIV en 1675 et qui fut l’une des grandes révoltes populaires, annonciatrice de la Révolution de 1789 ». C’est, en effet, Sébastien Le Balp, notaire déchu, qui prit la tête de cette jacquerie antifiscale puisqu’elle visait à dénoncer des taxes (notamment celle sur le papier timbré utilisé pour authentifier les actes notariés et judiciaires), particulièrement odieuses pour une population déjà écrasée d’impôt. Laquelle population y voyait, au surplus, une atteinte insupportable à l’autonomie armoricaine (reconnue par le Traité d’union perpétuelle de la Bretagne et de la France signé à Vannes par François Ier, le 4 août 1532, stipulant « de conserver les privilèges, franchises, libertés et exemptions anciennement octroyées et accordés par les Ducs de Bretagne nos prédécesseurs ») autant qu’à sa liberté commerciale (ces taxes devaient principalement financer la guerre contre la Hollande qui opposait la France à la Quadruple-Alliance comprenant les Provinces-Unies, le Saint-Empire, le Brandebourg et l’Espagne ; c’est lors de cette guerre que d’Artagnan trouva héroïquement la mort en 1673).

L’épaisseur historique d’un mouvement populaire qui ressurgit aujourd’hui pour des motifs similaires laisse songeur et l’on se plaît à imaginer que le gouvernement s’inclinerait enfin devant cette saine colère de la longue mémoire…

7 novembre 2013

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