Editoriaux - Justice - Médias - Santé - Société - Table - 26 juin 2014

Bonnemaison : et maintenant, un procès en béatification ?

« J’ai agi en médecin comme je le conçois (…) jusqu’au bout du bout (…) Cela fait partie du devoir du médecin d’accompagner ses patients jusqu’au bout du bout. »

A qui devons-nous cette citation que l’on pourrait imaginer sortie d’un épisode de la série Urgences par un charismatique médecin au grand cœur et sourire ultrabrite ?
Elle appartient au docteur Nicolas Bonnemaison, à l’occasion de son procès pour avoir empoisonné sept de ses patients en fin de vie en 2011 (pour deux autres de ses patients, des non-lieux avaient été prononcés). Ainsi, dans la nouvelle novlangue en vigueur, faire mourir le patient au moment jugé adéquat par le médecin signifie « l’accompagner jusqu’au bout ».

Radié de l’ordre des médecins en première instance, il avait fait appel de cette décision, d’où une comparution aux assises et l’ouverture d’un procès médiatisé début juin, rempli de pathos et de descriptions enflammées des malheurs du pauvre docteur Bonnemaison – si fragile et si dévoué – par les journalistes des grands médias. De quoi tirer des larmes de la ménagère la plus endurcie.

Qu’a donc fait ce brave docteur ? Il a administré à certains du curare associé à de forts sédatifs, un cocktail explosif aux effets irréversibles. Pour d’autres, il aurait seulement fait une sédation profonde ou une abstention thérapeutique. Des actes perpétrés seuls, en cachette, comme un criminel en somme. C’est un peu surprenant pour quelqu’un qui estimait agir selon sa conscience… Pas de consultations d’un autre confrère ou de la famille : une véritable auto proclamation d’un droit de vie ou de mort sur les patients dont il avait la garde. Et un mépris de la loi et du code de déontologie médicale.

Il a indiqué avoir agi ainsi pour éviter des « souffrances extrêmes » à ces patients. On peut s’interroger sur la capacité d’un médecin seul à estimer le niveau d’une souffrance extrême. Ce compatissant docteur aurait d’ailleurs parié un gâteau, en avril 2011, avec une aide-soignante et une infirmière sur l’espérance de vie d’une patiente avant de procéder à une sédation terminale. Selon le personnel médical, elle ne présentait pourtant aucun signe de douleur physique.

Ce 25 juin, la « justice » a enfin tranché. Pour avoir délibérément empoisonné sept de ses patients, en ne respectant ni la loi Leonetti, ni les familles, ni les patients eux-mêmes qui n’avaient rien demandé, le docteur est… acquitté. Et sur la totalité des faits. On assiste bien, comme l’indiquait le philosophe Fabrice Hadjadj au développement et à la promotion du « meurtre par compassion ».

Jean Léonetti a demandé le mardi 24 juin : « Est-ce que l’on va donner le droit à des médecins de donner la mort à des malades qui ne l’ont pas demandé sans en débattre avec qui que ce soit?» Le jugement rendu lui a répondu par l’affirmative.

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