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Editoriaux - Politique - 14 octobre 2014

Le bon vieux temps des grands partis de gouvernement, c’est fini !

Il fut une époque – pas si lointaine – où la présence au premier tour de l’élection présidentielle de deux candidats émanant l’un de la droite « républicaine », l’autre du centre non moins « républicain », ne compromettait pas la qualification d’au moins l’un des deux pour le second tour.

Ainsi en fut-il des scrutins où s’affrontèrent, à l’intérieur du camp de la droite et du centre, de Gaulle et Lecanuet, Pompidou et Poher, Giscard et Chaban-Delmas, Giscard et Chirac, Chirac et Barre, Chirac et Balladur, Chirac et Bayrou, Sarkozy et Bayrou, enfin, à deux reprises.

Au second tour, le vainqueur de ce duel interne était assuré du report de la plus grande partie des voix obtenues par son concurrent. En prime, il a pu compter de surcroît, notamment en 1995 ou en 2007, sur le renfort du plus grand nombre des suffrages recueillis par le candidat du Front national. C’est ce qui faillit encore se reproduire en 2012 où Sarkozy, malgré sa remarquable impopularité personnelle, aurait très probablement siphonné encore une fois le réservoir des voix qui s’étaient portées sur Marine Le Pen et finalement triomphé s’il avait plus tôt et plus radicalement infléchi dans le sens de l’extrême droite sa politique et sa campagne.

La victoire de François Mitterrand en 1981, après vingt-trois ans de domination gaullienne et post-gaullienne, avait cependant inauguré un nouveau cycle, celui de la prétendue « alternance » qui limitait, en effet, l’alternative offerte aux Français au choix entre la droite telle que l’incarnèrent le RPR puis l’UMP, et la gauche réunie sous la houlette du PS. La seule exception aux nouvelles règles du jeu fut celle de 2002 qui vit l’élimination, dès le premier tour, de Lionel Jospin. Le système n’en continua pas moins à fonctionner tant bien que mal pour la plus grande satisfaction et le seul profit des deux grands partis dits « de gouvernement. »

Seulement, ce système où les deux compères se tiennent par la barbichette est aujourd’hui usé jusqu’à la corde. Ce qui se joue désormais, alors qu’ont commencé plus de deux ans à l’avance les grandes manœuvres préalables à la prochaine présidentielle, ce n’est rien de moins que la qualification du candidat de la droite ou du candidat de la gauche pour le second tour de 2017.

Les résultats des municipales, des européennes, des sénatoriales, les sondages, l’effondrement socialiste, l’effritement de l’UMP, la montée continue des intentions de vote en faveur de ce qui s’appelle encore pour quelque temps le Front national semblent, en effet, garantir l’accession en finale de Marine Le Pen. Le doute ne porte plus aujourd’hui que sur l’étiquette et le nom de celui ou de celle qui sera alors son adversaire. La place, l’unique place, se fait chaque jour plus chère.

Du côté de la « gauche », que le champion du PS ait nom François Hollande – ce qui paraît chaque jour moins probable –, Aubry, Montebourg, Valls ou tout autre, il n’a de chance de se qualifier – et même dans cette hypothèse, ce n’est pas certain – que s’il est le candidat unique de son camp.

Qu’en est-il chez le voisin d’en face ? Symétriquement, le candidat que présentera l’UMP, quel que soit le nouveau patronyme dont s’affublera le parti de Jean-François Copé, de Patrick Balkany et de Jérôme Lavrilleux, n’est assuré de figurer au second tour que s’il n’a pas à affronter d’adversaire centriste.

En dehors de la détestation dont Nicolas Sarkozy continue à être l’objet de la part de millions de Français, outre la cascade de procédures et peut-être même de procès qui le menacent, si, après une rentrée fracassante, sur les chapeaux de roue et sous les projecteurs, sa campagne patine et sa cote se détériore à grande vitesse, c’est qu’il apparaît clairement que sa candidature ne dissuaderait ni le centre d’être présent dans la compétition ni les électeurs du centre de voter pour un homme issu de ses rangs, ce qui entraînerait vraisemblablement l’élimination de l’ancien président de la République. À l’inverse, Alain Juppé est actuellement la seule personnalité issue de l’UMP devant laquelle le centre – François Bayrou aidant – pourrait accepter de s’effacer.

Deuxième atout, qui fait défaut à Sarkozy, du maire de Bordeaux. Si Alain Juppé passe le cap du premier tour, il peut aisément faire au second le plein des voix, venues de gauche, de ceux qui ne veulent à aucun prix de Marine Le Pen, du front « républicain ». Est-ce pour lui ou pour un candidat situé comme lui sur l’échiquier politique la garantie absolue de la victoire ? En 2002, le peuple pris de panique à l’idée de voir Jean-Marie Le Pen entrer par la grande porte à l’Élysée s’y est opposé dans les urnes à 80 %. À l’heure actuelle, si l’on en croit les sondages, il réagirait encore de la même façon à l’éventualité d’une victoire de Marine Le Pen, mais dans une proportion variant, suivant les cas de figure, entre 70… et 50 %.

En sera-t-il encore de même en 2017 – à supposer que François Hollande aille jusqu’au bout de son mandat ? Je n’en jurerais pas, « car le monde et les temps changent », comme chantait Bob Dylan.

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