Quand un gouvernement sait ne plus pouvoir influer durablement sur la question sociale, il se replie immanquablement sur le domaine sociétal. À ce titre, abolir une peine de mort, soit le sort d’un Français tous les quatre ou cinq ans, est bien plus aisé que de s’en prendre à ce de masse concernant un peu plus de personnes ; même les esprits les plus obtus en conviendront.

D’un François l’autre, ce mariage homosexuel qui ne regarde finalement qu’une minorité dans la minorité, Act Up et alignant près de dix fois moins de militants qu’un… Jean-François Copé.

Il n’empêche que Marie-Claude Bompard (Ligue du Sud), maire de Bollène, est traduite ce jeudi en pour avoir refusé de célébrer un mariage lesbien, le 23 août 2013. Que les ennemis du bonheur se rassurent : l’union a néanmoins été ratifiée par l’une de ses adjointes. Certes, les deux tourterelles ont porté plainte, plainte classée sans suite par les magistrats locaux qui devaient sûrement estimer avoir mieux à faire pour la bonne marche de la société.

On notera que l’édile en question n’avait pris personne en traître, ayant de longue date assuré ses administrés qu’elle refuserait de se prêter à telle mascarade. Heureusement qu’il existe encore en France des militants de l’ordre moral, entendant brandir haut et fort cette sainte institution ; l’association Mousse, par exemple, qui, in extremis, a déposé une nouvelle plainte, à quelques jours de la traditionnelle prescription de trois ans. Comme quoi la délation est aussi partie prenante de la désobéissance citoyenne. Et nos valeureux résistants, par le biais de leur avocat, Caroline Mécary, de faire savoir aux éventuels récalcitrants : “Ça aura vertu d’exemplarité et ça permettra de calmer les autres réticents au mariage homosexuel…”

Philosophie d’indicateur de police, militantisme sécuritaire – l’exemplarité tenant lieu du pilori de jadis –, apologie du mariage : dans le registre réactionnaire et conservateur, Christine Boutin, battue à plate couture sur son propre terrain, n’a plus qu’à proposer ses services comme danseuse nue à l’Alcazar.

De son côté, Marie-Claude Bompard, dans un registre un brin moins moraliste, précise : “Marier des personnes de même sexe me pose un problème, du point de vue de la filiation et de la création d’un droit à l’enfant.” Pis : “Les femmes ont été mariées par un adjoint, le jour qu’elles avaient choisi pour leur union. Je ne m’oppose pas à ce que la loi soit appliquée à Bollène, où il y a eu d’autres mariages homosexuels, mais je demande seulement la liberté de conscience.”

Soit, ni plus ni moins qu’un badaud de Nuit debout, qu’un chouraveur de chaises dans les agences bancaires, qu’un opposant à on ne sait quel aéroport landais ou qu’un simple rétif au service militaire d’antan, façon Boris Vian. On remarquera, d’ailleurs, que Marie-Claude Bompard n’est pas tout à fait seule : vingt mille officiers d’état civil ayant signé une pétition allant dans le même sens, soit à peu près deux fois plus que les troupes du plus haut évoqué.

Là où tout cela se complique davantage, c’est qu’une certaine Sabrina Hout, ajointe déléguée de Samia Ghali, maire socialiste du huitième arrondissement de Marseille, a également refusé de célébrer l’union du gigot à l’ail et du gazon, excipant de ses convictions religieuses ; elle est musulmane. Ce qui ne l’a pas empêchée d’écoper d’une peine de cinq mois de prison avec sursis.

Si l’on résume, les militants luttant contre la stigmatisation des homosexuels stigmatisent, à leur tour, une autre communauté stigmatisée – les musulmans – pour leur homophobie. Pour tout arranger, les autorités juives françaises, elles aussi trop souvent stigmatisées, accepteront-elles de bénir l’union de deux homosexuelles de confession musulmane afin de déstigmatiser la stigmatisation ? De quoi en perdre son latin pour une écrasante majorité de nos concitoyens pour laquelle tout ceci n’est que de l’hébreu.

Au secours, sachant que par les temps qui courent, on n’est jamais trop aidés !

5 janvier 2017

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