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Editoriaux - International - Médias - Politique - 20 juin 2014

Bilan macabre en Syrie : à qui la faute ?

La guerre civile en dure depuis plus de trois ans et le nombre des morts et des blessés ne cesse d’augmenter : plus de 160.000 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Quelles sont les responsabilités de chacun des protagonistes dans cette inflation de victimes ? Si l’on en croit certains médias français, ou plus généralement occidentaux, ainsi que certains intellectuels ou spécialistes de la Syrie, ce serait le régime criminel de Bachar el-Assad qui en serait responsable. Mais qu’en est-il réellement ?

Un petit rappel des événements qui ont déclenché la guerre civile syrienne est indispensable à la définition des degrés de responsabilité de chacun.

En mars 2011, des rassemblements pacifiques ont lieu pour protester contre l’arrestation d’une vingtaine d’adolescents d’à peine quatorze ans accusés d’avoir tagué des graffitis insultant Bachar el-Assad. Arrêtés, ils sont torturés par la police politique du régime : ongles arrachés, traces de brûlures…

Alors que les manifestations se multiplient et commencent à toucher toutes les villes, la répression du régime est impitoyable, l’ordre de tirer sur la foule est donné. C’est à partir de là que le soulèvement pacifique s’est militarisé.
Sauf qu’initialement, les rebelles n’étaient majoritairement que des dissidents de l’armée syrienne qui refusaient de tirer sur leurs concitoyens. On peut donc affirmer que jusqu’à la fin de l’année 2012, la plupart des victimes se trouvaient dans le camp des civils sunnites réprimés pour la moindre protestation.

Mais le conflit a vite évolué et des groupes radicaux islamistes ont pris le dessus dans le camp des rebelles. Armés et financés par les pays du Golfe et notamment le Qatar, ils ont aussi le soutien inavoué de la Turquie d’où transitent les munitions et les combattants djihadistes étrangers : libyens, afghans, algériens… et même français.

Ce sont ces groupes qui composent l’écrasante majorité de la rébellion armée contre le régime Assad aujourd’hui. Ce qu’on appelle l’Armée syrienne libre est ultra-minoritaire. Qu’ils s’appellent Al-Nosra, EIIL ou Daech, leurs exactions criminelles n’ont rien à envier à celles de la dictature syrienne. On peut même dire que d’une certaine manière, elles les ont dépassées.

Si le nombre de 160.000 morts est aujourd’hui attribué aux deux camps avec une plus forte proportion pour le régime de Bachar el-Assad, ce n’est qu’affaire de moyens. En effet, les forces syriennes utilisent des avions de combat pour bombarder les rebelles et les populations autour, alors que les djihadistes, sous-équipés, tuent et assassinent avec des armes rudimentaires. Quant aux soldats faits prisonniers, ils les exécutent sur le champ.

Mais pour combler leur retard dans cette comptabilité macabre, ils se rattrapent en imposant aux chrétiens une taxe spéciale, l’interdiction de porter une croix visible, une certaine manière de s’habiller et l’interdiction de restaurer leurs églises. Les récalcitrants sont assassinés.

Ceux qui obtempèrent aussi, d’ailleurs. Les djihadistes brûlent des églises anciennes, kidnappent des prêtres, font disparaître des religieuses… mais dans ce cas ne le revendiquent pas, ou parlent « d’éléments incontrôlés ».

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