Tout le monde se souvient du « bijoutier de Nice » qui avait abattu l’un de ses braqueurs et déclenché une immense vague de soutien populaire. Cette affaire, survenue peu après la mort du « retraité héroïque » Jacques Blondel, dans le contexte tendu d’un débat sur la réforme pénale de , avait achevé de cristalliser le mécontentement des Français.

Ce 28 novembre, c’est un bijoutier de Sézanne (Marne) qui a abattu un malfrat de quatre coups de feu. Cette fois, la légitime défense serait bien plus avérée, le fait s’étant déroulé pendant le braquage, et non après.

Le vœu de la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, qui se plaignait de la passivité des gens après s’être fait voler sa carte bleue en pleine rue (« le premier problème de l’insécurité, c’est la lâcheté collective »), est en passe d’être exaucé : commerçants affranchis, citoyens justiciers… tout indique qu’une Génération Blondel est en train de se lever. Celle-ci ne voit plus l’intérêt de se reposer sur l’épaule frêle d’un État chancelant et c’est tout naturellement qu’elle entend se passer de ses piètres services.

Dans une France moderne qui s’est construite sur un « contrat social » engageant réciproquement l’État et le peuple, on n’avait pas vu tel désamour depuis longtemps. Désamour pour les élus, désamour pour les institutions, désamour pour un système que l’on voyait dépérir comme une vieille bagnole tout en s’imaginant que l’on n’avait pas les moyens de la remplacer. Disons-le simplement, l’on s’était résignés à subir l’incompétence politique. Le souvenir d’un passé prospère et la confiance en des jours meilleurs aidant, l’on espérait à chaque quinquennat, à chaque remaniement, que tout rentrerait dans l’ordre. Que ce « contrat social » ressemble bien davantage à ces histoires d’amour où il y en a toujours un qui aime plus que l’autre et se borne à respecter docilement des conditions dont l’autre se torche allègrement le cul depuis longtemps, ça n’était pas facile à admettre. Alors prendre le large, vous pensez bien…

Mais voilà que le peuple se donne des airs d’épouse trahie qui se redécouvre un beau jour capable d’indépendance, et qui ne cède plus aux appels éplorés de l’homme délaissé. Maintenant, le « contrat social » que les politiques prônent à tout va, comme l’ultime promesse suppliante pour retenir l’être aimé, n’a plus les charmes d’autrefois. C’est le peuple qui vous le dit.

Il suffit de discuter avec les gens pour comprendre que ce désarroi que l’on croyait sans remède est en passe de donner des fruits de révolte. Il suffit de voir une France tranquille se réapproprier la rue et battre le pavé pendant des mois, infatigable, la Bretagne paisible sortir de ses gonds et brûler des portiques écotaxe, pour se convaincre que quelque chose a changé dans ce pays que l’on croyait en sommeil. Il suffit de lire les commentaires dans Le Monde et Libération pour constater que, même sur des sites de gauche, le nombre de « réactionnaires » ou de socialo-sceptiques est écrasant. « Néo-Cons », vous dira Le Point, qui a offert sa dernière couverture à ce phénomène qui s’étend dans notre pays. 2013 fut une année colérique et il n’est pas certain que le feu, si fraîchement ravivé, se calme en 2014. De cela, je vous parlerai une prochaine fois. Mais une chose paraît certaine : la France est décidée à ne plus se laisser faire.

À lire aussi

Non, vous n’êtes pas Charlie… vous êtes Charlot

Alors, comme ça, vous êtes Charlie ? Vous, la meute tirant à vue depuis des années sur tou…