Il était une fois un sale type. Jadis chanteur de variétés à la carrière tôt avortée. Puis vendeur de télévisions à crédit ou d’encyclopédies payables en plus de cent mensualités. Le de godelureau qui coince sa godasse dans la porte, de mettre la concierge en surendettement. Dans sa drôle de vie, il fut même informateur à Minute. Puis racheta des sociétés en faillite pour ensuite en revendre les actifs, en liquider le passif : soit ces hommes et femmes abandonnés sur le carreau, promis à rejoindre les hordes de chômeurs et de « nouveaux pauvres », tel qu’on disait dans les années 80 du siècle dernier, ère de la Mitterrandie triomphante qui s’en allait réconcilier le monde de la avec l’univers du fric.

Grande gueule et éminemment sympathique, à l’instar de tous les escrocs, l’homme finit même ministre, de la Ville ou un truc approchant. Dans les , il fit croire que taper dans un ballon dispensait le clampin tenant les murs de sa cité de faire des études. Grâce à lui, l’Olympique de Marseille devint même champion. Entre-temps, quelques matchs auraient été un peu « achetés », un rien « arrangés ». Qu’importe, le margoulin venait de graver dans le stuc Les Dix Commandements de la racaille, voulant que tous les moyens justifient la fin, tant qu’on se fait du pognon, de l’oseille, de la maille. Couronnement ultime, il alla même jusqu’à croupir en prison, tel un vulgaire JoeyStarr. Street credibility, tel qu’on dit chez les voyous qui lisent la langue de Shakespeare.

Plus malin qu’un régiment de singes, il retourna ensuite sa veste en appelant à voter pour Nicolas Sarkozy en 2007. Coup de génie. Comme au poker : tout sur le tapis, c’est le cas de le dire. Et bingo dans la foulée : plus de 400 millions d’euros dans les fouilles. Seulement voilà, la est une dame qui se hâte avec lenteur. Et notre gigolpince de se retrouver en garde à vue depuis lundi matin, sous surveillance médicale, parce qu’à 70 balais, ces jeux ne sont plus tout à fait de son âge. Et c’est un régime finissant qui tremble. Claude Guéant dans les affres. qui serre les fesses. Et Nicolas Sarkozy qui doit se dire : « Encore quelques secondes, monsieur le bourreau… »

Quel spectacle, pour ce vaste monde qui nous entoure. L’une des plus vieilles nations du monde, forte de plus de mille ans d’histoire, de quarante rois, trois empereurs et cinq républiques (six, si l’on prend en compte celle de Vichy), suspendue aux aveux d’un julot casse-croûute… La lampe dans les yeux, la fatigue, l’inspecteur Lino Ventura qui retape, pour la vingtième fois, le CV du prévenu sur sa Remington aux touches qui font mal aux doigts, le commissaire Maigret qui demande qu’on lui fasse monter des sandwichs et des bières.

Dans le même temps, un certain Nelson Mandela, presque centenaire, agonise sur son lit d’hôpital. Lui, l’aristocrate xhosa, emprisonné près de trente ans durant, rival des princes zoulous, opposé à l’oligarchie anglo-saxonne, homme à abattre pour les Boers radicaux, mais qui n’hésita pas à négocier avec un Eugène Terre’Blanche, chef de la redoutable AWB 2, aura tout de même accompli ce tour de force de faire vivre ensemble, vaille que vaille, des gens qui, précisément, n’étaient pas faits pour vivre ensemble.

D’un côté, Nelson Mandela, l’homme d’État. Et Bernard Tapie, l’homme d’affaires. « Affaires », ce doit être le mot.

Il y a ainsi des jours où il n’est pas très facile de se dire fier d’être français. Mais comme la blennoragie, ça finira par passer.

Notes:

  1. Afrikaner Weerstandsbeweging/Mouvement de résistance afrikaner
  2. Afrikaner Weerstandsbeweging/Mouvement de résistance afrikaner

25 juin 2013

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