« N’avouez jamais ! » : c’est le testament spirituel que délivrait du haut de l’échafaud, en vrai « pro » du crime, l’illustre Lacenaire à l’adresse de ses collègues et de ses futurs émules en assassinat.

N’écrivez jamais ! Tel est le judicieux conseil qu’auraient été bien inspirés de suivre et Christine Lagarde. Passe encore pour le premier qui n’a jamais fait étalage d’une culture historique exceptionnelle. Mais la seconde avait-elle perdu la mémoire du propos célèbre et explicitement menaçant de Richelieu : « Donnez-moi quatre lignes de l’écriture de n’importe qui, et je le ferai pendre » ?

L’heureux gagnant du gros lot de la Lyonnaise des jeux doit se mordre les doigts d’avoir pondu dès 1998 une dédicace émouvante à l’intention du bon président Estoup dont le soutien, écrivait-il imprudemment, avait changé le cours de son destin. Une première fois, puisque l’intervention décisive du même homme détournerait en 2008 le cours du Pactole pour le faire passer rue des Saints-Pères. Faut-il croire l’ancien ministre de la Ville lorsqu’il affirme en 2013 ne connaître l’ancien magistrat ni des lèvres ni des dents ?

Quant à la présidente du FMI, l’acte d’allégeance et de soumission qu’elle faillit adresser en 2008 à Nicolas Sarkozy, et dont elle eut la naïveté de garder le brouillon par-devers elle, s’avère plus attendrissant, et un tantinet ridicule, que réellement compromettant.

Au passage, on rappellera que les instructions judiciaires étant réputées secrètes, c’est par une violation permanente et générale de la loi que les résultats de la moindre perquisition, du moindre interrogatoire, que les procès-verbaux dont l’encre n’est pas encore sèche sont portés à la connaissance du public tant par les magistrats que par les avocats, les greffiers, les policiers, les secrétaires et les femmes de ménage qui gravitent autour des cabinets d’instruction.

Quoi qu’il en soit, ces deux anecdotes illustrent une fois de plus la vérité de l’adage antique : scripta manent (les écrits restent). et Christine Lagarde, on n’en doute pas, se borneront désormais à l’expression orale de leur reconnaissance ou de leur attachement.

En quoi ils ne seront pas moins imprudents. Dans le contexte d’espionnage et de dénonciation où s’abîme notre civilisation, il y a toujours un téléphone portable, un micro, une caméra, un magnétophone, quand ce ne sont pas les grandes oreilles du ou d’officines particulières, pour capter, enregistrer, transcrire et divulguer éventuellement les conversations les plus intimes, les confidences les moins avouables et les épanchements les plus secrets.

Verba volant (les mots s’envolent), disait le même adage. Ce n’est plus vrai : les mots eux-mêmes restent inscrits à notre dossier. Lacenaire est bien dépassé. Il dirait aujourd’hui, aux innocents comme aux criminels : Ne parlez jamais !

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21 juin 2013

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