Editoriaux - Société - 9 janvier 2015

Bernard Maris, un économiste courageux, est mort

Bernard Maris est mort mercredi dans l’attaque terroriste contre le journal Charlie Hebdo. Cet homme était inclassable : professeur d’économie d’inspiration keynésienne, baby-boomer de la génération 68, journaliste à Charlie Hebdo et à France Inter, et nommé récemment au Conseil général de la Banque de France.

Si les lecteurs de Boulevard Voltaire (et moi-même) ne se retrouvent pas dans la génération 68 et l’idéologie qu’elle a véhiculée, il faut remarquer que Bernard Maris était un des hommes ayant le mieux traversé cette période. Il ne manquait pas de courage, d’honnêteté intellectuelle et de bon sens. Ainsi se posait-il des questions sur des sujets tabous et n’hésitait pas à secouer le cocotier des bien-pensants. Dans un article de Marianne de 2008, “Soixante-huitards : après eux, le déluge ?”, il ne manquait pas de souligner les contradictions d’une génération libertaire ayant pris le pouvoir et tirant les marrons du feu. Parlant de sa génération et de sa classe d’âge, il n’hésitait pas à se questionner sur “Et si les vieux étaient en train de réaliser le hold-up du siècle sur les jeunes ?” “La société de consommation, c’est eux. Le tout-voiture et le tout-camion, c’est eux. La côte méditerranéenne transformée en barrière de béton, c’est eux. D’où la crise écologique que les enfants vont devoir gérer, crise initiée par les parents au nom du je-m’en-foutisme et du gaspillage.”

Nommé au Conseil général de la Banque de France, il a essayé de briser le tabou de la peur de la sortie de l’euro, à l’opposé des pratiques de tout un système politico-médiatique. “Je vire ma cuti. J’ai voté oui à Maastricht, oui au traité constitutionnel. Aujourd’hui, je pense qu’il faut quitter la zone euro.” “À cause de la monnaie unique, les États allaient se lancer dans une concurrence fiscale et budgétaire…” Il a aussi dénoncé la logique fausse de l’explosion de la dette publique suite à la dévaluation de l’euro, argumentation fallacieuse utilisée notamment par Benoît Apparu pour disséminer la peur. Ces vérités exposées par un membre de la Banque de France, chroniqueur à France Inter , étaient des prises de risque personnelles, rares, qu’il faut saluer.

Alors, Bernard, je ne te connaissais pas personnellement, mais je ne peux que te dire un grand merci pour ton courage, ton honnêteté intellectuelle, ta faculté de pensée contre ta génération, de ta classe sociale quand elle déraille. C’est la marque des résistants, de ceux qui ne trahissent pas le peuple pour pouvoir toucher les dividendes d’un poste. Ce sont des hommes de ta trempe dont la France a besoin pour se redresser.

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