Tout de suite les grands mots ! En effet, Bernard Kouchner, qui a l’emphase facile, c’est bien connu, n’y est pas allé par quatre chemins dans les colonnes du JDD : « Refuser la vaccination, c’est une trahison. » Qui dit « trahison » dit « traîtres ». Jadis, les traîtres, c’était le poteau. « Pour les traîtres douze balles dans la peau, pour les demi-traîtres six balles suffiront », déclarait Clemenceau, docteur en médecine comme Kouchner.

Notons que cela faisait longtemps qu’on ne nous avait pas sorti le registre guerrier dans cette lutte contre le virus. À deux jours du défilé du 14 Juillet, ça tombe donc pile-poil. « Ceux qui face à ce virus choisissent de se “battre” individuellement sont, sinon des déserteurs, du moins des alliés du virus », poursuit l’ancien ministre de François Mitterrand. Les amis de mes ennemis étant mes ennemis, ceux qui refusent la vaccination sont donc mes ennemis. Pas plus compliqué que ça.

« Il faudra une loi », précise celui qui fut aussi ministre de Nicolas Sarkozy, qui ajoute : « Croyez-moi, ça sera fait, avec des nuances au début, peut-être selon les professions. » Autrement dit, les blouses blanches peuvent se préparer à prendre la file dans le « vaccinodrome » (ne poussez pas, il y en aura pour tout le monde), on verra plus tard pour les notaires, les VRP (pardon, on dit « commerciaux », aujourd’hui) et les cracheurs de feu. Ce « croyez-moi » aurait pu, tant qu’à faire, être suivi de l’historique et très gaullien « moi, qui vous parle en connaissance de cause », puisque nous sommes en guerre. Dommage. L’ancien French doctor a d’ailleurs peut-être quelques informations plus précises sur cette obligation vers laquelle on semble marcher, sinon au pas de l’oie, du moins en crabe.

Mais la question n’est pas là. Ce qui « interpelle », comme on dit, c’est que, décidément, dans ce pays, on se sente obligé de tout transformer en guerre civile. À croire qu’on est nostalgique de celles qui cadencèrent notre Histoire. Le combat politique, n’en parlons pas. « Le est un ennemi de la République » : on connaît l’antienne désormais rengaine éculée mais qui a encore son franc succès chez les chauffeurs de salles à la Castaner. Le combat environnemental aussi a pris des allures de guerre de religion.

Alors, allons-y donc pour la trahison. Il y a les petites trahisons. Il y a, bien sûr, aussi, la haute trahison. Autrefois, en Angleterre, on ne rigolait pas avec ça : le malheureux était traîné sur une claie, pendu, éventré, éviscéré vivant puis décapité et équarri. On oublie. Il y a les petits traîtres, les traîtres à la petite semaine. Ceux qui prennent pour les autres à l’heure du règlement de comptes et ceux qui réussissent à tourner leur veste juste à temps. Enfin, il y a les traîtres magnifiques. C’est ainsi, je crois, qu’un journal belge qualifia lorsqu’il rallia en 2007.

11 juillet 2021

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