En 1963, Bernard Kouchner publiait dans Clarté, journal de l’Union des étudiants communistes, une « Lettre à un moderne Rastignac » où il écrivait : « Je suis communiste et Rastignac. Paradoxe ? Détrompez-vous ; le mélange n’est pas détonnant. Il est même étonnamment efficace. Vous riez ? Je vous attends… » Jugement lucide et prémonitoire sur lui-même et sur son action !

Communiste, il l’est pleinement, dès son plus jeune âge, quand il fréquente les Jeunesses communistes, rejoint l’UEC (Union des étudiants communistes), côtoie des personnalités qui ne renient pas l’ère stalinienne, admire la révolution castriste. Mais il a aussi l’ambition d’un Rastignac, un opportunisme et un cynisme insolents de surcroît. Sa carrière en est l’illustration.

Après le PC, il adhère au PS, au PRG, puis de nouveau au PS. Plusieurs fois ministre ou secrétaire d’État sous des gouvernements socialistes, il sera même – c’est un comble ! – ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy. Tout cela, sans négliger de faire en toute occasion son auto-publicité, jouant aux vedettes dans des missions humanitaires, défendant avec la même apparente conviction des positions contraires.

Le voici maintenant fan d’Emmanuel Macron, jeune premier de la politique. Il l’annonce fièrement dans Le Parisien. Il a pourtant voté Valls à la primaire, « parce que son langage au départ de sa primature [lui] semblait un langage d’ouverture, avec son vieux fonds rocardien ». Mais sans doute juge-t-il que l’ex-Premier ministre est mal parti dans cette élection interne. Quant à Benoît Hamon, bien qu’il soit, comme lui, favorable à la légalisation du cannabis, il n’a aucune chance de se qualifier pour le second tour de la présidentielle.

Alors, notre Rastignac, qui n’avait pas exclu, avant la primaire, de voter pour l’ancien ministre des Finances de François Hollande, confirme son intention : pour lui, « l’espoir », c’est Manuel Macron ! Et d’insister : « Trois fois oui ! […] C’est l’homme qui ne s’arrête pas au clivage droite-gauche, et il reste humaniste. » L’idéologue à géométrie variable est séduit par celui qui, après avoir conseillé le prince déchu, prétend se situer en dehors des idéologies.

« C’est une belle aventure. Et j’aime l’aventure et la solidarité ! » Rien que ça ? Il aurait pu ajouter : « J’aime surtout mon ego, j’aime paraître sur les plateaux de télévision, j’aime… » Il ne se rend pas compte, le camarade Kouchner, le bourgeois accommodé à la sauce gauchiste, qu’il a fait son temps. Pire ! Quand il fait parler de lui, il fait remonter à la surface les restes les plus controversés de son passé, comme ces sociétés de conseil auprès de grandes entreprises ou de gouvernements étrangers.

Quand le bateau coule, les rats quittent le navire… pour en rejoindre un autre. Beaucoup de socialistes cherchent le moyen de se mettre « en marche » aux côtés de Macron sans passer pour des traîtres. Bernard Kouchner, lui, reste sans vergogne : les ambitieux ne s’embarrassent pas d’états d’âme. Pas certain qu’Emmanuel Macron, quoi qu’on pense par ailleurs de son double jeu, apprécie ces ralliements tardifs. Son navire, trop chargé de passagers disparates, risquerait bien de sombrer à son tour !

Bernard Kouchner, ce carriériste narcissique, suggère quelque ressemblance avec Bernard-Henri Lévy, qui a gâché son talent en devenant le colporteur de son image et le zélateur du prêt-à-porter de la bien-pensance. C’est dommage : mais cette destinée, tous deux l’ont librement choisie !

24 janvier 2017

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