Berlusconi plus maltraité que les boss de la mafia !

Le 27 novembre, à 17h48, le Sénat italien prononce la déchéance du sénateur Silvio Berlusconi en raison d’une condamnation pénale pour fraude fiscale : il perd son immunité parlementaire et tombe sous le coup de l’interdiction de briguer un mandat dans les six ans à venir. Au même instant, à quelques centaines de mètres de là, devant sa résidence romaine via del Plebiscito (cela ne s’invente pas!) Berlusconi s’adresse aux militants de son parti Forza Italia, venus de toute l’Italie : « Je continuerai à me battre, même hors du Parlement, comme le font Renzi (étoile montante du Partito Democratico, socialiste) et Grillo (Movimento 5 Stelle, indéfinissable). Je ne vous abandonnerai jamais. » Un discours enflammé et sentimental comme seuls les Italiens savent les prononcer, mais qui, selon certains sondages, auraient fait gagner à Forza Italia deux points d’intentions de vote.

Ses « affaires », ou plus exactement celles que lui ont prêtées les tout-puissants magistrats italiens, ont été, dès le début, si largement relayées dans la presse italienne et internationale qu’elles ont eu comme conséquence de brouiller l’image de Berlusconi : souvent présenté comme menteur, mafieux, pas sérieux, bouffon. Mais aussi obsédé sexuel, plouc, vulgaire, bling-bling, corrupteur de la société et de la moralité italiennes, provocateur ou fasciste, et j’en passe. Les choses sont tout de même un peu plus compliquées.

Depuis son entrée en politique en 1993, les juges italiens n’ont eu de cesse de faire tomber Berlusconi, dont le charisme certain et la liberté de ton n’entraient pas dans les « cases » de la classe politique italienne. Réunis au sein du tout puissant syndicat, Magistratura democratica, proche des mouvements politiques d’extrême gauche, les juges ont peu à peu imposé une sorte de dictature judiciaire en Italie. Plus de 34 procès (quarante chefs d’accusation) ont été intentés à Berlusconi en 20 ans (sans parler des innombrables procédures sans fondement intentées contre lui et qui n’ont jamais pu aboutir), pour de nombreux motifs dont corruption, fraude fiscale, financement illicite de partis politiques… Il fut condamné trois fois, récemment, même si l’immunité parlementaire lui a sans doute évité quelques condamnations. Jamais les juges ne se sont acharnés avec autant de virulence contre les boss de la mafia.

En 2011, il est contraint de démissionner de sa charge de Président du Conseil : contraint par la rue, contraint par l’opinion publique qui lui reproche de n’avoir pas réalisé les réformes promises, contraint… par Bruxelles. En effet, le Huffington Post du 22 novembre dernier, par la voix de Hans-Warner Sinn, président de IFO (Institut de recherche conjoncturelle allemand), affirme que Berlusconi fut poussé à la démission à l’automne 2011 car il avait entamé des négociations avec différents partenaires européens pour sortir l’Italie de l’euro. Ce fut là son péché mortel. Il fut remplacé par Mario Monti, un ex de Goldman Sachs, nommé par le Président de la République Giorgio Napolitano, ancien du Parti communiste italien. Le véritable « coup d’État », (un changement de gouvernement sans élections préalables) eut lieu à ce moment précis. La destitution de son mandat parlementaire, un an et demi plus tard, n’en est que l’épilogue honteux. De là à conclure à un complot contre Berlusconi pour sauver l’euro, c’est, rapporte l’Huff Post, un pas que Lorenzo Bini Smaghi, ex-membre de la BCE, n’hésite pas à franchir…

Le vote de mercredi dernier en vertu d’une loi de 2012 qui stipule la destitution parlementaire pour une condamnation pénale a eu lieu nominalement, comme un vote à main levée, malgré de nombreuses demandes de vote « à bulletins secrets », tant des partisans de Berlusconi que de certains de ses adversaires politiques. Il est à noter également que la loi évoquée est appliquée rétroactivement, car les faits incriminés remontent à plus de dix ans. Deux principes démocratiques de base largement bafoués…

Et demain ? Le parti Forza Italia, affaibli pourtant par la défection toute récente de son dauphin Angelino Alfano, reste malgré tout en tête dans les sondages. Les élections européennes, sans leader politique prêt à succéder à Berlusconi, demeurent, plus que jamais, une équation à plusieurs inconnues.

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