Berlusconi : le crépuscule du vieux…

Cette fois est peut-être la bonne. Silvio Berlusconi, l’insubmersible « Caïman », vient de livrer son dernier combat. Et l’a semble-t-il perdu. On se prête alors à rêver du film qu’un Ettore Scola aurait pu tourner de sa vie. L’irrésistible ascension d’un homme parti de pas grand-chose et qui devint vite la première fortune d’Italie. D’un homme de médias, aussi. Qui révolutionna la télévision transalpine, et même la nôtre : rappelez-vous, la défunte Cinq

Le tout accompli à la hussarde ; comme avec ses épouses et innombrables conquêtes plus ou moins tarifées. Définitivement, il y aura eu une Italie anté et post-berlusconienne. Culturellement, ce fut un carnage – mort de ce cinéma, dénoncée par Federico Fellini, dans Ginger et Fred – et une déferlante de vulgarité télévisuelle aujourd’hui devenue la norme : vous voulez un avant-goût de ce que peut être l’enfer ? Il suffit d’allumer les télés locales.

Politiquement, lui qui gérait son parti, Forza Italia, comme un club de football, aura évidemment imposé sa marque. Étrange mélange de populisme flamboyant et de caution vaticane ; il se voulait garant des valeurs de la famille chrétienne. Un gag pour qui connaît les péripéties conjugales de ce condottiere. Il plaisait néanmoins au peuple des électeurs : mille fois donné pour perdu et éternellement réélu. Comment dit-on « baraka » dans la langue de Dante ?

Ainsi, le Tibre charia longtemps les cadavres de ses ennemis. Umberto Bossi de la Ligue du Nord, Gianfranco Fini de l’Alliance nationale, et même Mario Monti, l’homme de la finance internationale imposé à Rome avec la complicité des institutions européennes. Silvio Berlusconi a toujours cru à sa bonne étoile, même si cette dernière commençait à singulièrement pâlir, le Vatican ayant fini par le lâcher après une énième soirée bunga bunga…

Pis, le coup fatal vint de là où il ne l’attendait pas. D’Angelino Alfano, son jeune dauphin. Lequel, après le dernier coup d’éclat berlusconien consistant à tenter de faire chuter l’actuel gouvernement, tordit la patte du Caïman, l’obligeant à finalement voter la confiance au Premier ministre, Enrico Letta. Angelino Alfano, un petit jeune tout falot d’à peine plus de quarante printemps, ancien militant démocrate-chrétien et propulsé au secrétariat général de Forza Italia ; pas vraiment le profil d’un tueur.

Du coup, après avoir été tenu de manger son chapeau, Silvio Berlusconi, en quittant le Sénat, a été hué par une foule qui, il n’y a pas si longtemps, l’applaudissait à tout rompre. Pour la première fois. Inconstance ou ingratitude du peuple ? Les deux, sûrement.

Berlusconi n’avait pas connu ces grandes heures susceptibles de forger les grands hommes ; Winston Churchill, pour ne citer que lui. Nonobstant, tout n’est pas à jeter de son bilan. D’un point de vue géopolitique au moins aura-t-il tenté d’extraire son pays de l’envahissante influence américaine, en concluant par exemple des accords qui auraient pu se révéler fructueux avec la Libye du défunt colonel Kadhafi. Sans compter d’autres coups d’éclat (de voix, parfois) contre la techno-structure européenne. Il eut même le culot de défendre la mémoire de Benito Mussolini, alors qu’un Gianfranco Fini, pourtant héritier du post-fascisme du MSI, n’avait de cesse de piétiner la mémoire du Duce. Comme quoi l’homme avait aussi ses élégances…

À sa façon, le condottiere foutraque fut et demeure un grand Italien qui, à sa manière, ne fit pas que se servir, lui, tentant aussi de servir son pays. Il n’y est pas forcément toujours arrivé, mais au moins aura-t-il essayé. Combien de ses homologues français peuvent-ils en afficher autant ?

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