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Ils se sont mis à deux sur Boulevard Voltaire pour flinguer Karim Benzema. L’un, Baudouin de Saxel, sous la forme d’une imprécation inspirée et révoltée. L’autre, Joris Karl, sur le registre plus sobre du mépris.

Benzema est un footeux, plein aux as, qui refuse de chanter la Marseillaise et le dit haut et fort car il s’en fait une gloire. Benzema est, aussi et peut-être, celui qui se cachait sous le nom de « Kimo Benzé », une pourriture qui, le 2 mars 2012, jour de la mort de Mohamed Merah, a posté sur son compte Facebook le message suivant : « Allah yahamou… Y a mis la France à genoux à lui tout seul… ».

Je ne suis pas certain d’être toujours en phase avec tous les textes de Baudouin de Saxel et de Joris Karl. Mais j’aurais aimé pouvoir écrire ce qu’ils ont écrit sur Benzema. Je les envie et j’envie leur liberté. Crier la vérité, toutes les vérités y compris celle-ci, est un exercice de salubrité personnelle. Mais, dans ce cas précis, et dans quelques autres similaires, je me le suis interdit.

Il y a de cela quelques années, Jean-Marie Le Pen, qui n’est pas ma tasse de cidre, avait eu quelques mots rudes sur l’équipe de France de foot et ses joueurs arabes et noirs qui ne voulaient pas chanter la Marseillaise. Il fut agoni d’injures car réputé fasciste et xénophobe. À peu près à la même période, un philosophe du nom d’Alain Finkielkraut se gaussa d’une équipe nationale « black blanc beur » d’ou le « blanc » lui semblait singulièrement absent. Il fut traîné dans la boue parce que juif.

J’ai ce point là en commun avec Alain Finkielkraut qui n’est pas toujours ma tasse de thé. D’où ma réserve sur des sujets aussi sensibles que le patriotisme de Benzema et de quelques autres du même acabit.

Reste l’essentiel. J’ai vécu longtemps, comme la majorité des Français, sans me préoccuper de la Marseillaise et de nos trois couleurs. Personne alors ne sifflait l’hymne national ni ne brûlait notre drapeau. Depuis, c’est devenu un sport presque aussi populaire que le foot. C’est cette haine qui nourrit en moi l’obligation d’aimer ce que Karim Benzema et ses semblables détestent.

Mais peut-être que j’exagère. Peut-être que Karim Benzema, sous des apparences un peu frustes, est un intellectuel raffiné plongé dans les livres. Et — je ne veux pour rien au monde en douter — il a certainement lu les surréalistes des années 30 qui conchiaient le drapeau tricolore et la Marseillaise. Oui, bien sûr, c’est ça ! Ce n’est pas la faute à Benzema. C’est la faute à André Breton.

PS / Cher Baudouin de Saxel. Au risque de paraître pédant, je vous signale que le « sang impur » de la Marseillaise n’est pas celui de nos féroces ennemis. Contrairement à une idée très répandue, c’est celui des soldats de l’an II. Le « sang impur » des roturiers opposé au « sang bleu » des aristocrates.

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