Editoriaux - Politique - 23 mai 2015

Belle du Seigneur chez Ruth Elkrief

Ruth Elkrief qui recevait notre ministre de l’Éducation le 22 mai dernier sur BFMTV et souhaitait sans doute la mettre en valeur, lui demanda quel était le livre qui l’avait le plus marquée. Quelle question surprenante, elle ne s’y était sûrement pas préparée ! And the winner is… Belle du Seigneur, dernière partie d’une tétralogie dont elle se garde bien de préciser que l’auteur est Albert Cohen, juif comme son nom l’indique, qui évoque dans le premier roman à propos de Solal, personnage central de cette œuvre, “la beauté de la race”. On ne sait jamais, ça pourrait contrarier.

Elle nous laisse Les raisins de la colère, Les Misérables, Crime et châtiment, et tous les autres, et retient Belle du Seigneur, la rencontre entre un homme et une femme qui ne veulent pas fonder de famille, ni vivre ensemble, pour ne se rencontrer que lorsqu’ils sont magnifiques, au meilleur d’eux-mêmes, et jeunes. Un monde enjolivé plutôt que le monde réel.

C’est bien elle, qu’on a connue porte-parole du gouvernement, tentant de remplacer par des sourires et des mimiques de petite fille les réponses argumentées qu’elle était incapable d’apporter aux questions posées. Il faut reconnaître à sa décharge que porter la parole de ce gouvernement n’était pas une tâche facile.

Mais est-ce encore elle qui tentait d’imposer la théorie du genre ? Après avoir adoré Belle du Seigneur qui décrit des parades nuptiales sans ambiguïté aucune?

Peut-on rêver d’un plus bel aveu de refus de la vie telle qu’elle est et d’idéalisation de l’existence?

Belle du Seigneur ! Ne nous rencontrons que maquillés, parfumés, “sapés façon milord”, évitons toute promiscuité… Et elle a l’impudence de reprocher aux gens de droite de ne pas savoir parler à un chauffeur de taxi comme à un PDG du CAC 40, à la différence évidemment des gens de gauche ! Ne peut-on pas attendre des politiques qu’ils ouvrent les yeux sur le monde réel ?

Elle fait semblant de croire que tous les enfants sont égaux, alors que depuis toujours on sait qu’ils sont très différents les uns des autres. Souvenez-vous, Coluche : “Y en aura même qui seront noirs, petits et moches, et pour eux ça sera très dur !” Pourquoi accepter qu’il y ait des différences au niveau de l’apparence, et refuser qu’il puisse y en avoir au niveau des goûts et des capacités ? C’est bien une chimère de gauche. Il faut, que cela nous plaise ou non, accepter ces différences.

Qu’elle ait choisi Belle du Seigneur montre de manière éclatante qu’elle préfère le rêve et les apparences à la réalité, qu’elle préfère la forme au fond. Ce dont on s’était, à vrai dire, un peu rendu compte depuis qu’elle pérore devant les micros.

Ce refus de la réalité sans fard mène Solal et Ariane au suicide, comme le refus de la réalité mène notre pays au suicide, pour reprendre l’expression d’Éric Zemmour.

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