Je reviens à Goldman Sachs, cette banque citoyenne et moraliste comme pas une !

Elle a bien sûr aidé la bonne Grèce à entrer dans l’euro, pour le plus grand bien de tous. Le Premier ministre grec, une fois la bise venue, un socialiste nommé Papandréou et de nationalité américaine, s’en fut à Harvard où il donnait des cours sur la gestion de crise modestement rétribués 40.000 dollars par mois. C’est toujours moins que CR7, direz-vous vaillamment, et ses sept millions mensuels ! Mais c’est toujours plus que le salaire moyen des Grecs qui est tombé sous les mille !

Mais assez parlé de l’Hellade. Évoquons, en ces temps bizarres, un champion oublié et nommé Huw Pill, sous-économiste à la BCE, et qui se fit embaucher par notre banque “très spéciale”.

Dans une interview donnée au Huffington Post, il déclara benoitement – comme s’il nous prenait pour des imbéciles, ou comme s’il était lui-même un imbécile, aucune hypothèse n’étant plus à exclure dans le monde des banquiers citoyens et commissaires – que « les moteurs de croissance que sont les Etats-Unis et la Chine ont retrouvé les niveaux qu’ils tutoyaient avant la crise. »

C’était en 2013, et c’est pourquoi je cite : ses prédictions sont suivies d’effet !

Puis Pill rappelle, pince-sans-rire, que « la zone euro a surtout besoin de réduire sa dette publique… mais que la lenteur de l’Europe (???) lui permet de s’adapter à la situation économique globale. »

La France va mieux que la Grèce. En effet, dit le maître, « si on la compare à la Grèce, la France a tout pour elle. Mieux placée géographiquement, plus importante économiquement… »… On croirait lire un atlas pour attardés. La Grèce mal placée géographiquement ? Le bonhomme de neige devrait relire son Hérodote…

Mais sur notre hexagone la guillotine tombe : « le principal défaut est incarné par un secteur public bien trop important. Cela a pour conséquence de retourner l’économie sur elle-même, c’est pour ça que la France ne produit pas assez de biens exportables. »

Question de mon ami Archimède : mais comment une économie peut-elle se retourner sur elle-même ?
Puis le marmiton cinglant donne dans la tarte à la crème néolibérale : « il faudrait déplacer l’emprise de l’État vers le secteur privé ».

Comme on sait, tous les pays à privatisation sont les pays à dettes et à déficits. Les privatisations ont arnaqué le consommateur, ruiné l’État, mais enrichi les gros actionnaires, les compères des banques et de la classe politique. Mario Draghi privatisa jadis les entreprises italiennes, c’est pourquoi on le retrouva chez… Goldman Sachs !

Enfin, la belle cerise sur le gâteau :
« Ensuite, il faudrait s’appuyer sur une baisse des salaires générale, afin de regagner de la compétitivité. On estime que la France devrait réduire sa moyenne salariale d’environ un tiers. »

Belle loi d’airain : pour faire baisser le chômage, il ne faut plus payer le salarié…
Car un tiers, ô main visible du marché, sera-ce suffisant ?

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