Discours - Editoriaux - International - 28 mars 2017

En Belgique, il ne fait pas bon qualifier l’avortement de meurtre

Certains débats, en Belgique francophone, relèvent de l’impossible. Stéphane Mercier, professeur à l’Université catholique de Louvain (UCL), l’a appris à ses dépens. Pour avoir qualifié l’avortement de meurtre, pire donc selon lui que le viol, le philosophe a vu les deux cours dont il a la charge être suspendus par les autorités académiques.

À l’origine du scandale, un texte d’une quinzaine de pages, intitulé « La philosophie ou la vie » et servant de base de réflexion à destination des étudiants que le professeur a toujours appelés au questionnement. Un de ceux-ci confirme : « Très clairement, il ne nous a jamais imposé son opinion. C’est moins marqué dans la note, mais au cours, je vous assure qu’il a très fort insisté sur le fait qu’il voulait susciter un débat. »

Depuis l’éclatement du scandale, Stéphane Mercier, présent ce dimanche à une marche « pro-vie » à Bruxelles, a tenté de se justifier : « Il est de ma tâche, en tant que philosophe, de méditer librement sur le sens et la dignité de la vie », poursuivant qu’« une université catholique devrait également défendre la dignité de la vie ».

Il s’est pourtant trouvé peu de monde pour défendre la liberté d’expression du professeur, assailli de toutes parts et rejeté tel un pestiféré dans le « camp du mal ».

Si, à titre personnel, je n’ai jamais été opposé à la pratique de l’avortement, je n’en considère pas moins comme relevant du champ démocratique le discours d’un opposant à l’interruption volontaire de grossesse, tout comme je trouve au moins dérangeant que l’on puisse qualifier de « progrès » une pratique qui, en termes humains et civilisationnels, a tout de la régression.

L’interruption volontaire de grossesse, si elle est aujourd’hui majoritairement acceptée par les Belges, n’en demeure pas moins sujet à polémique. Lors de la dépénalisation partielle de l’avortement, en 1990, le roi Baudouin, très catholique, avait refusé de sanctionner la loi et fut mis en incapacité de régner durant trente-six heures.

Quel que soit, donc, l’avis que l’on se fait des propos de Stéphane Mercier, celui-ci mérite au moins d’être défendu au nom de la sacro-sainte liberté d’expression, tellement souvent bafouée en Belgique, et du goût du débat.

L’homme, dans la tourmente, doit aujourd’hui subir une nouvelle salve d’attaques : en plus d’être opposé à l’avortement, il serait aussi « homophobe et transphobe ». D’après une lettre signée par onze étudiants, le malheureux contrevenant de la pensée aurait affirmé : « La prémisse de Judith Butler [ndlr : auteur majeur dans le domaine de l’identité et des préférences sexuelles] étant que, du moment qu’ils s’aiment, ils devraient avoir le droit de se marier. Qu’en est-il du mariage incestueux, de l’échangisme intergénérationnel ? »

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