Editoriaux - Histoire - International - Presse - 10 septembre 2013

Belgique : la langue des signes plutôt que le français !

C’est une histoire belge, une fois. Deux même, puisque de chaque côté de la rue de Lille s’affrontent, linguistiquement parlant, la France et la Belgique : Menin contre Halluin. Flamingants contre francophones.

Élue grâce à la NVA, la très indépendantiste Nouvelle alliance flamande, madame la bourgmestre de Menin a décidé de bannir l’usage du français de sa mairie – et peut-être aussi de changer de nom, vu qu’elle s’appelle Martine Fournier, ce qui doit singulièrement lui écorcher les « oneilles », comme disait ce bon Père Ubu.

Donc, à compter du 1er janvier 2014, les fonctionnaires communaux ne devront plus communiquer qu’en flamand avec les administrés. Tant pis pour les 1.600 francophones que compte la ville, et tant pis pour tous les Français qui passent quotidiennement la frontière pour aller s’acheter des clopes en Belgique. « Tout le monde est le bienvenu, tout le monde peut venir habiter ici, mais chacun doit utiliser la langue de la ville, celle que réclame la loi », a déclaré madame Fournier au cours d’une conférence de presse.

L’édile s’appuie en effet sur une loi de 1996 qui désigne une seule langue officielle à la Flandre et à la Wallonie : le néerlandais pour la première, le français pour la seconde, Bruxelles étant seule concernée par le bilinguisme. Le texte n’ayant jamais été appliqué à Menin, madame Fournier entend qu’il entre en vigueur. Drastiquement. Cela au motif que de nombreux citoyens qui habitent sa ville depuis des décennies « ne parlent toujours pas un mot de néerlandais ». Un nouveau « code de conduite » a donc été pondu – en néerlandais bien sûr – qui impose désormais aux personnels de ne s’adresser à leurs interlocuteurs qu’en flamand :

– Goedemiddag (vu l’heure d’ouverture des bureaux de la mairie, c’est préférable) Hoe gaat het met u ?
– Goed, dank je. En met u?

Si vous n’y comprenez que couic, vous pouvez y aller avec les mains. La langue des signes plutôt que le français, a dit madame le maire. On rigole. Imaginez que demain à la CAF, à la Sécu, dans les postes et les mairies, on refuse de répondre à tous ces braves gens qui, chez nous, ne parlent pas français. Ça en ferait, des interprètes au chômage : en bantou, en peul, en soninké, en arabe, en tamoul… que sais-je encore.

Enfin, bon, il va falloir se faire une raison : la construction européenne avance à grand pas… D’ailleurs, dans un entretien au quotidien De Morgen, monsieur Vic Van Aelst, brillante recrue de la NVA, déclarait il y a quelques mois qu’il valait encore mieux apprendre l’anglais aux enfants que le français, désormais devenu « une langue insignifiante au niveau mondial ». Et le néerlandais, cher Monsieur, où le situez-vous ?

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