J’y vais ou je n’y vais pas ? Bayrou ne rate pas une occasion de vanter tous les mérites dont il se croit paré. Il est bien le dernier. Notre homme ne se plaît que dans les hautes sphères, et pour tout dire, il se rêve en homme providentiel.

Il nous aura tout fait, le Béarnais avec ses ergots à la Chantecler et sa tête grosse comme un melon de Cavaillon. Ses modèles ? Henri IV, son compatriote navarrais, dont il a écrit une biographie ; , l’homme seul, envers et contre tout ; et Mitterrand, dont il loue une pugnacité qu’il espère égaler en se représentant à la présidentielle.

Il ira en 2017 dès lors que Juppé ne se présentera pas, parce qu’il se sera fait rouler dans la farine avec des primaires qu’il ne peut remporter.

Il ira parce que Hollande l’a déçu. Il ira parce qu’il hait Sarkozy, l’arriviste bling-bling et inculte, et qu’il s’imagine en recours contre Marine Le Pen. Il ira parce qu’il s’y croit, jusqu’à se vanter d’une virilité de grand fauve dont Hollande est dépourvu et qu’il appuie par ses références appuyées au Vert galant et à l’élevage de pur-sang dont il occupe ses temps libres.

On chercherait en vain les états de service de M. Bayrou pour justifier une telle vanité : aucun grand fait d’armes ou accomplissement majeur ; ministre de l’Éducation ne s’essayant à aucune réforme, ne suscitant ni élans ni contestations ; son parti, le MoDem, une coquille vide qui a dynamité l’espace politique que Giscard ou Balladur avait réussi à fédérer.

Pusillanime et accommodant, déloyal et changeant, européaniste et humanitariste, Bayrou incarne les pires défauts des ventres mous du centre. Certains crurent en lui en 2007, quand son parler-vrai et sa lucidité (sur la dette, l’autorité de l’État ou l’insécurité) prirent des accents populistes, au point qu’on qualifia sa posture d’extrême centre.

Si la division droite-gauche n’a plus de sens idéologiquement, elle reste un marqueur d’appartenance. En France, on déteste les félons qui passent d’un camp à l’autre. Bayrou, avec sa danse du ventre devant Royal en 2007 et son ralliement de 2012 au panache de Hollande, a signé pour toujours sa carte de visite, celle de Iago et de Judas, du traître et du vendu.

Un ego surdimensionné et un narcissisme sans limite, voilà les prérequis de la course présidentielle. M. Gauchet le notait déjà pour les candidats de 2007 – Royal, Sarkozy et Bayrou – et Alain de Benoist fait de l’égocentrisme narcissique, stade suprême de l’individualisme, un trait de la postmodernité. Admirez-moi parce que je le vaux bien !

La médiocrité de notre personnel politique se mesure à la piètre qualité des écuries en lice. Des canassons qui se prennent pour des chevaux d’obstacle. Des haridelles s’imaginant à la tête de chars de combat. Des rosses qui se rêvent en étalons.

Depuis 2012, Bayrou, c’est Judas. Bayrou et Juppé n’ayant cessé de se rapprocher, l’un pour l’adouber dans sa conquête de la mairie de Pau et l’autre pour le soutenir dans les primaires, les électeurs de droite sauront s’en souvenir et le leur faire payer.

Le baiser de Judas à Juppé sera comme le chant du cygne de la carrière politique du Bordelais avant sa réincarnation en la figure de l’éternel deuxième que l’on aime tant en France, de Mendès France à Rocard, de Barre à Balladur, le sempiternel perdant, trop modéré pour être convaincant et trop au centre pour peser, et que l’on renvoie à ses chères études.   

23 juillet 2015

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