Document - Editoriaux - Justice - Table - 19 février 2016

Les bassesses de Christiane

Ah, Christiane ! Les “experts en tout” ont dit que la droite allait regretter votre départ parce que nous perdions notre raison d’être, notre souffre-douleur, notre punching-ball. Ils se sont bien trompés puisque vous êtes, malgré vous, toujours dans nos esprits. Qu’avons-nous appris par quelques indiscrétions de nos confrères journalistes ? Que vos collaborateurs avaient fait place nette au ministère de la Justice ? Qu’ils n’avaient laissé aucun document pour votre “valeureux” successeur, Jean-Jacques Urvoas ? Bref, ils nous ont appris que vous aviez détruit les archives et écrasé les données de vos ordinateurs professionnels, et que l’ancien président de la commission des lois avait pris possession d’une terre vierge ou presque.

Si ce dernier avait été de droite, c’eût été ni légal ni légitime mais au moins de bonne guerre. Cela s’est fait au temps de Giscard quand il dut laisser les clefs du château à Mitterrand. Cette pratique s’est poursuivie à l’occasion des deux cohabitations en 1986 et 1993, ainsi qu’au retour de la gauche au pouvoir en 1988. Pas un ministère n’a été épargné. D’après d’autres rumeurs, sans doute très fondées, la destruction d’archives et de missives aurait perduré en 2012 quand, tout marri d’avoir perdu l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy n’aurait laissé aucun des courriers que François Hollande avait reçus entre le 7 mai (lendemain de la victoire) et le 15 mai (date de l’investiture).

Connaissant votre droiture, votre posture roide et toujours courroucée devant les ignominies et les bassesses les plus viles du genre humain, nul ne peut supposer que vous ayez pu ainsi laisser aller vos sbires – que dis-je, vos spadassins – à de telles extrémités. Toujours prompte à vous élancer contre les injustices, de tels agissements auraient dû vous faire réagir. Mais peut-être êtes-vous la complice silencieuse de tels méfaits, qui s’apparentent au mieux à du mépris envers votre successeur, au pire à la négation de la continuité du service public, qui doit pourtant être chère à votre âme de gauche. À moins que vous n’ayez eu envie d’escamoter quelque secret, de taire quelque affaire inconfortable ou de jeter au broyeur des dossiers vraiment trop sensibles.

Peut-être vous expliquerez-vous dans votre prochain ouvrage à sortir aux Éditions Bayard, dans la collection “Les Petites Conférences” ? Intitulé Être ministre, vous y avouerez peut-être avoir transformé l’hôtel de Bourvallais, place Vendôme, en atelier d’écriture clandestin ?

Il paraît que les conseillers entrants ont été choqués d’avoir été snobés et presque méprisés par les conseillers sortants, comme si les premiers étaient responsables de l’éviction des seconds ? Il est aussi vrai que Jean-Jacques Urvoas, qui affiche (pas qui incarne) une ligne plus sécuritaire que vous, Mme Taubira, se serait exclamé en arrivant place Vendôme : “C’est trop mou ici, il faut brutaliser cette administration.” On n’ose croire que vous ayez agi par vengeance, Mme le Ministre. Cela vous ressemble si peu. Maintenant, on aimerait savoir si votre successeur aura le courage de vous poursuivre pour “destruction d’archives publiques”. Ce fait est quand même puni par des sanc­tions pou­vant aller jusqu’à trois ans d’empri­son­ne­ment et 45.000 € d’amende (un an et 15.000 euros si la cause de la des­truc­tion est une négli­gence), avec des peines com­plé­men­tai­res comme perte des droits civils et l’inter­dic­tion d’exer­cer une fonc­tion publi­que ! Mais le courage n’a jamais été une des grandes vertus de la gauche !

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