Barroso et la femme de César

Le comité d’éthique ad hoc de l’Union européenne a rendu un nihil obstat quant au pantouflage chez Goldman Sachs, première banque d’affaires mondiale, de José Manuel Barroso, ancien président de la Commission de 2004 à 2014. Il n’y a vu aucun manquement, et a constaté un respect des règlements en vigueur. L’opinion publique et la nouvelle Commission s’était émues de ce point de chute et avait sollicité ce comité d’éthique.

Goldman Sachs, vous savez, la banque qui a vendu à ses clients des produits financiers composites bourrés de crédits subprimes en sachant parfaitement qu’ils étaient pourris, et que les agences de notation, complices ou imbéciles, avaient largement surnotés. Le concurrent principal, Lehman Brothers, en est mort, et la crise américaine s’est exportée ailleurs, comme chacun sait.

Goldman Sachs, c’est encore la banque d’affaires américaine qui a conseillé l’État grec pour qu’il maquille, telle une voiture volée, ses comptes publics afin de pouvoir prétendre respecter les critères économiques préalables à l’adhésion à l’euro. Puis qui a spéculé contre la dette grecque, en sachant parfaitement que l’insolvabilité intrinsèque du pays le conduisait à la crise qui, par capillarité, a touché toute l’Europe et a laissé banques et finances publiques exsangues.

Goldman Sachs, ce tremplin idéal de carrière pour accéder à certaines fonctions au sein de l’Union européenne, puis rebondir dans les plus hautes sphères régaliennes des pays membres. Des poulains comme Mario Monti (président du Conseil en Italie sur la période 2011-2013) ou Loukás Papadímos (Premier ministre en Grèce de 2011 à 2012). Monsieur Mario Draghi, à la BCE, n’a pas encore fait valoir ses droits à cet outplacement.

Face à ces liaisons dangereuses, le citoyen-contribuable européen ne peut que s’interroger et payer.

La question est pourquoi les États et l’Union n’ont pas, du jour au lendemain, suspendu sine die toutes les licences bancaires de toutes les filiales de Goldman Sachs en Europe, et intenté une action judiciaire contre la banque américaine et ses dirigeants en personne ?

L’addition, c’est le contribuable qui, suivant la doxa en vigueur, continue de garantir indirectement via les États l’ensemble du grand casino financier international dont Goldman Sachs est le croupier en chef. Ça ne lui coûte rien encore ? Qu’il ne s’affole pas, la garantie sera appelée, ce n’est qu’une question de temps.

Monsieur Barroso va donc pouvoir gagner de l’argent chez son nouvel employeur en brandissant ce certificat de probité de la femme de César. Mais s’il existait des agences de notation pour la démocratie, l’Union européenne viendrait d’être abaissée à ZZZ-, et placée sous surveillance avec implications négatives.

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