Barack Obama : des larmes à feu

La réglementation des armes à feu aux USA ? Une véritable arlésienne. Vu de France et de droite, l’empathie est évidente, sur le thème voulant que si les « honnêtes gens » étaient tous armés, les voyous en rabattraient. Fortuitement, c’est un peu plus compliqué que ça.

En effet, la puissante Amérique est la seule nation au monde à s’être construite sur un génocide : celui de ces Indiens ayant connu « le Grand Remplacement » avant même que ce dernier ne soit conceptualisé par notre ami Renaud Camus. L’histoire de cette « Terre promise » a bien évidemment été gravée dans les tables de la loi hollywoodienne : les cow-boys apportaient la « civilisation » aux Indiens, la Bible dans une main, la Winchester dans l’autre.

Toutes proportions gardées, le machin pouvait encore tenir à peu près la route du temps de La Petite Maison dans la prairie, époque durant laquelle, comme dans la France d’alors, il y avait un fusil par ferme. Cette époque n’est plus et le président Barack Obama en a pris acte. On pourra, éventuellement, lui reprocher ses larmes fort télégéniques, lors d’une conférence donnée à la Maison-Blanche. Il n’empêche que la réalité est là, et bien là : chaque année, 33.636 vies sont fauchées par des dingos se fournissant en armes de guerre comme on va acheter des yaourts à la supérette du coin.

Chez les dingos en question, il y a bien sûr de tout. Suprémacistes blancs, survivalistes tenant l’État fédéral pour ennemi du peuple américain ; sans compter des hordes de foutraques, étudiants humiliés à l’école parce qu’ils n’étaient pas les « garçons les plus populaires du campus », boutonneux gothiques se prenant pour héritiers putatifs de Charles Manson, prêts à laver dans le sang de leurs camarades de classe de prétendues offenses endurées lors d’une adolescence tourmentée.

Ce que demande, a minima, le président Barack Obama est simplement que ne soient pas vendues, n’importe comment, des armes de guerre à n’importe qui, excluant de fait malades mentaux et citoyens au casier judiciaire un brin trop chargé. Est-ce trop demander ? Manifestement oui, au pays des lobbies. Ainsi, la toute-puissante NRA (National Rifle Association), qui fait la pluie et le beau temps au Parti républicain, a-t-elle fait savoir que, grâce à ses deux candidats putatifs, le foutraque Donald Trump et l’incolore Marco Rubio, les décrets en question avaient vocation à être tôt abrogés après le second mandat de Barack Obama.

Après, l’opinion publique… 53 % des citoyens américains veulent pouvoir continuer à acheter toutes sortes d’armes, qu’elles soient de défense ou de guerre, tandis que 89 % de ces mêmes citoyens seraient pour des contrôles renforcés pour la vente de ces mêmes pétoires de compétition. L’opinion publique est parfois aussi capricieuse que peu cohérente…

Comme toujours, Barack Obama tente l’improbable synthèse : « Nous avons créé un système dans lequel des personnes dangereuses sont autorisées à jouer avec différentes réglementations. Je suis convaincu que nous pouvons trouver des moyens de réduire la violence due aux armes à feu en respectant le deuxième amendement de la Constitution. »

D’où, peut-être, ces larmes, probablement sincères mais indubitablement versées en direct à la télévision. Mais après tout, ne somme-nous pas aux USA, pays de tous les « possibles », parfois pour le meilleur et souvent pour le pire ? Des larmes à feu, en quelque sorte…

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