Des banlieues de Tunis à celles de Paris, les islamistes en embuscade !

En tant que député français au Parlement européen, je me suis rendu en Tunisie du 24 au 28 octobre, accompagné de six autres députés de différentes nationalités et sensibilités politiques, dans le cadre d’une mission d’observation électorale visant à faire un point sur le processus démocratique dans ce pays lors des élections législatives.

Les différents entretiens que j’ai pu mener avec les acteurs politiques, tout autant que ce que j’ai pu observer directement dans les bureaux de vote, me poussent à porter un regard plus nuancé sur le scrutin du 26 octobre que ce que j’ai pu découvrir dans les médias français à mon retour.

Si la victoire du parti Nidaa Tounes, rassemblant beaucoup d’anciens caciques ou partisans des régimes de Bourguiba et de Ben Ali, est bien réelle, les résultats sont tout de même très contrastés. In fine, Nidaa Tounes remporte 85 sièges, devançant donc les islamistes (de la mouvance des Frères musulmans) d’Ennahdha qui en occuperont 69, contre 85 lors de la précédente mandature. La victoire du « camp laïc » reste tout de même assez courte.

Au président de la République, Moncef Marzouki – lui-même soutenu par les islamistes –, qui me répondait lors de notre rencontre que ces élections allaient permettre aux Tunisiens de choisir entre société islamique et société laïque, je serais aujourd’hui tenté de répondre à mon tour que le choix n’est pas franchement clair. Ennahdha n’a pas fait l’objet d’un rejet total et massif, comme ce fut le cas des islamistes égyptiens par exemple, et c’est davantage son bilan (incapacité à répondre à la situation économique en particulier) que ses idées qui sont à l’origine de ce résultat électoral. Sur le fond, l’islamisme d’Ennahdha n’est pas rejeté, et le parti continue sa pénétration du tissu social. La fracture entre le nord et le sud de la Tunisie est aussi frappante, Ennhadha recueillant plus de 50 % des suffrages dans plusieurs circonscriptions du Sud.

Surtout, le parti Nidaa Tounes et ses alliés ne bénéficiant pas d’une majorité absolue, la possibilité d’une « union nationale » comprenant les islamistes n’est pas totalement exclue. Ni le président d’Ennhadha Rached Ghannouchi ni le leader de Nidaa Tounes Béji Caïd Essebsi n’en ont d’ailleurs écarté la possibilité.

Ces élections ont aussi donné des résultats inquiétants, et significatifs, en Europe. Un tiers des Franco-Tunisiens et Tunisiens résidant en France ont voté pour les islamistes. En Allemagne, on atteint 36 % des votants, et même 42 % en Italie ! Si l’emprise des islamistes sur la société tunisienne est manifeste, elle l’est aussi sur les Tunisiens, et une partie des musulmans, vivant en Europe. Dans nos quartiers, dans de nombreuses mosquées, c’est ainsi la parole et la doctrine politico-religieuse des Frères musulmans (notamment à travers l’Union des organisations islamiques de France, qui est devenue un partenaire de l’État sous Sarkozy) qui se diffusent, quand ce ne sont pas carrément les salafistes qui font la loi. Face à eux, c’est à la fois au nom de la cohésion nationale, de la sécurité des Français, de l’identité de la France que la République doit faire preuve de la plus grande fermeté.

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