Editoriaux - Politique - Table - Tribune - 20 novembre 2015

Banlieue et terrorisme : « rien à voir » ?

C’est Claude Bartolone qui le dit : “Il ne faut pas qu’on établisse de lien entre les classes populaires, les banlieues populaires et ces terroristes qui n’ont rien à voir avec ces populations qui n’aspirent qu’à vivre normalement.” 129 morts et 352 blessés plus tard, le député de Seine-Saint-Denis, candidat PS à la région Île-de-France, voudrait nous convaincre qu’il n’existe aucune corrélation entre les banlieues « sensibles » françaises et la barbarie islamiste qui a orchestré deux séries d’attentats dévastateurs en moins d’un an. Clientélisme électoral, quand tu nous tiens…

Selon la formule consacrée, ça n’a “rien à voir”. Les dizaines de perquisitions d’armes et d’explosifs saisis comme par enchantement ces derniers jours ; la cellule terroriste neutralisée par le RAID et la BRI mercredi, qui planifiait d’autres actions ; les millions déversés par le Qatar wahhabite pour les « quartiers » ; les milliers d’aspirants djihadistes ; les femmes en burqa que la police renonce à verbaliser ; des territoires progressivement annexés, où prolifèrent lieux de culte et commerces exclusivement halal ; des jeunes qui exècrent la France, qui écorchent les minutes de silence au cri d’“Allah Akbar !”, qui ne perdent pas une occasion de brandir des drapeaux des pays du Maghreb, quand ils ne vont pas tout casser au Trocadéro. “Rien à voir.”

“La réislamisation des populations issues de l’immigration est un marqueur de l’intégration”, affirmait, en 2011, Malek Boutih à Atlantico. Quatre ans plus tard, il négociait un virage à 180° sur BFM TV : “Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installé depuis plusieurs années qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant ces quartiers produisent des terroristes.” Mea culpa bien tardif d’une gauche qui a sciemment ignoré d’innombrables signaux d’alerte et qui, à l’inverse, a laissé s’enraciner le fondamentalisme religieux sous l’ère mitterrandienne, espérant naïvement éradiquer ainsi une délinquance exponentielle. “Il y a l’idée, dans la doctrine musulmane la plus traditionnelle, qu’il existe une terre de l’islam. Là où l’islam s’est répandu, là où les peuples l’ont accepté, cette terre est désormais islamique […] et, à un moment donné, effectivement, la République n’y pénétrera plus”, expliquait déjà, en 2012, l’historien Alexandre Adler sur France Info.

La contagion du fanatisme était inévitable. Ses dérives bellicistes prévisibles. “Vous êtes dans la fabrique à terroristes, ici, sachez-le. Dans les caves des HLM de Clichy, on vend des armes comme je vous vends des aspirines”, relatait un pharmacien de Montfermeil, fataliste, au lendemain des attentats de Charlie. Aucune leçon n’en aura été tirée : “Rien à voir.” Les gouvernements successifs de droite comme de gauche ont favorisé l’émergence d’une France parallèle, d’une nation dans la nation, régie par ses propres codes, qui se désolidarise du bout des lèvres des actes terroristes, mais revendique toujours plus d’aménagements législatifs et d’exceptions cultu(r)elles. Un autre monde peuplé de zones de non-droit propices à toutes les déviances. La démission de Jospin face au voile islamique, l’inertie de Chirac et Sarkozy après les émeutes de 2005, l’incompétence de Hollande devant une menace islamiste qui ne cessait pourtant d’enfler, la politique étrangère inconséquente des uns et des autres nous ont conduits dans un abîme d’hypocrisie, de résignation lasse, de couardise, de déresponsabilisation, où rien n’a jamais « rien à voir » avec rien.

En France, nous avons des politiciens désespérants, mais nous avons aussi un écrivain magistral : Michel Houellebecq. Laissons-lui le mot de la fin, extrait d’une tribune publiée jeudi par le Corriere della Sera :

La situation regrettable dans laquelle nous nous trouvons doit être attribuée à des responsabilités politiques spécifiques ; et ces responsabilités politiques devront tôt ou tard être étudiées à la loupe. Il est très improbable que l’insignifiant opportuniste qui occupe le fauteuil de chef de l’État, tout comme l’attardé congénital qui occupe les fonctions de Premier ministre, pour ne rien dire des “ténors de l’opposition” (LOL), sortent avec les honneurs d’un tel examen.

Qu’il soit remercié de dire tout haut ce que nous sommes si nombreux à penser tout bas.

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