Après une semaine d’exploitation, BAC Nord est déjà l’un des films préférés des Français, caracolant dans les premières places du box-office. Un succès mérité pour ce western urbain percutant comme un direct à la face de ceux qui débinent la police. C’est l’histoire de trois visages pâles, des hommes de la brigade anticriminalité, qui luttent contre les trafics de drogue en territoire ennemi, les cités Nord de Marseille, où les Indiens ne disent pas « Hugh » mais « nique ta m… » et « fils de p… » – ce qui a facilité la tâche du dialoguiste.

Pour obtenir des résultats, que le ministère de l’Intérieur réclame aux policiers sans jamais leur en donner les moyens, les trois flics emploient en terre musulmane des méthodes pas très orthodoxes ; ils font leur la voulant que pour faire tomber des voyous, on ne joue pas les enfants de chœur. Mais lâchés par leur hiérarchie, ils finissent à la prison des Baumettes… Bref, un film à voir, que la presse bobo-bobards, qui n’a jamais mis les pieds dans une cité, estime à revoir : elle dénonce la caricature qui serait faite des racailles de banlieue qui interprètent la loi comme ils lisent le Coran – de droite à gauche. Au festival de Cannes, où le film a été présenté, un critique irlandais, confondant sans doute la Croisette avec la promenade des Anglais, s’est montré perfide comme l’Albion, en avançant que la mauvaise image donnée des caïds des cités ferait le jeu de l’extrême droite : « On est dans une année d’élection. Moi, j’ai vu ça avec l’œil d’un étranger et je me dis : peut-être que je vais voter Le Pen après ça. » Rigolo, quand on se rappelle que l’acteur Gilles Lellouche, qui incarne avec conviction l’un des trois flics de BAC Nord, avait, en 2017, lors de l’élection présidentielle, insulté Nicolas Dupont-Aignan lorsque ce dernier avait annoncé son ralliement à Marine Le Pen. Pour sa prestation à l’écran, Gilles mérite cependant des compliments à la louche.

Pour revenir au film, il est efficace, car très documenté. De fait, le réalisateur, Cédric Jimenez, un Marseillais pur jus, s’appuie sur une histoire vraie. En 2012 éclatait le scandale des « pourris » de la BAC Nord de Marseille. La presse et le ministre de l’Intérieur, à l’époque le Catalan Manuel Valls, n’avaient pas eu de mots assez durs pour condamner les agissements de ces policiers, alors mis en examen, certains obtenant bac plus prison préventive.

Le 22 avril dernier, après neuf ans d’instruction, le tribunal correctionnel de a relaxé 7 des 18 policiers poursuivis, condamnant les autres à des peines de prison avec sursis, allant de deux mois à un an, sans inscription au casier. Ils sont sortis du tribunal sous les applaudissements d’une centaine de collègues et du sénateur Stéphane Ravier. Une satisfaction de courte durée. Le parquet, placé sous l’autorité du garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, a estimé le verdict trop clément et fait appel : 12 policiers seront donc rejugés. Lors de cette seconde séance, il serait pertinent de projeter dans la salle d’audience BAC Nord. La comprendrait enfin que, dans certains quartiers, on ne fait pas la police avec le Code de procédure pénale sous le bras.

24 août 2021

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