Marrant, comme tout change. Jadis, la laïcité était un truc de vieux. Façon frères trois points du Sud-Ouest ou du Sénat, avec rouflaquettes et barbe dans le cou. À côté, Antoine Pinay, c’était Jimi Hendrix, la Stratocaster en moins.

Aujourd’hui, tout le monde est laïc. D’où l’affaire de la crèche Baby Loup. Avec baby-sitter voilée dont on ne sait plus très bien s’il faut ou non la mettre au chômage. Avec des féministes qui la défendent et d’autres pas ; des intellectuels n’y voyant pas plus feu au lac qu’à la mosquée (Claude Askolovitch) et d’autres qui jugent qu’il y a péril en la demeure ou à l’église (Alain Finkielkraut).

Est-il forcément indispensable de prendre parti ? Pas forcément. Entre la nénette voilée – rien qu’un voile et pas un niqab, ce dernier ne paraissant pas négociable en nos contrées, et c’est heureux –, qui fait jouer les gamins aux Duplo, et d’autres gisquettes, façon Caroline Fourest, qui viennent enseigner l’antiracisme “laïc” – tiens donc –, gratuit et obligatoire à des têtes de moins en moins blondes, sommes-nous forcément sommés de choisir ? À titre personnel, pourquoi ne pas opter, entre ces deux options, pour la moins mortifère des deux ?

Certes, d’aucuns diront : ni l’une ni l’autre ! Mais la politique consistant, par principe, à mettre en œuvre ce qui demeure possible et à incliner au préférable plutôt qu’au détestable, il ne serait pas incongru de leur rétorquer que, pour l’instant, ça ne devrait pas le faire. Et que jouer de la mandoline sur l’air de la Reconquista, ça reste plausible à quatre conspirateurs dans une Twingo, mais ne saurait guère pisser plus loin. « La politique du pire est la pire des politiques », écrivait l’irremplaçable Charles Maurras.

D’autres encore prétendront qu’il s’agit là d’une offensive religieuse d’envergure planétaire. Que, de longue date, les mahométans auraient programmé la submersion démographique du Vieux Continent ; la preuve, le président algérien Boumédiène l’aurait prédit à la tribune de l’ONU, ou dans ses toilettes, en lisant Paris Turf sur le pot. Après, l’oumma, la taqiya et toutes ces choses, concepts politico-religieux peut-être séduisants pour les esprits faibles, mais dont le seul tort consiste, précisément, à ne jamais avoir existé. Et puis, d’autres prédictions. Lénine qui entendait conquérir l’Europe en la contournant par l’Afrique. Et le même qui assurait que ces capitalistes étaient si bêtes qu’ils s’apprêtaient à vendre la corde avec laquelle on allait les pendre. Alors que c’est Wall Street qui a enserré l’URSS et la Sainte dans son nœud coulant…

Laïcité, donc. Mais laïcité qui ne dit pas son nom. Qui, à l’origine était anticatholique avant de devenir antimusulmane, tout en épargnant deux autres religions que jamais un Charlie Hebdo ne se risquerait à insulter : judaïsme et protestantisme. Il pourrait s’agir là d’un autre débat… Laïcité réduite à la demi-portion congrue, en quelque sorte, de facto. Et laïcs francs-maçons qui s’insurgent encore contre l’ouverture d’un club de gymnastique réservé aux femmes en Île-de-France… Quand le Grand Orient ne sera plus un club de mecs se réunissant pour faire semblant de causer, et ensuite s’enfiler, lors de leurs agapes, le troisième cognac que femmes et médecins leur interdisent pour ensuite aller aux putes, on en reparlera.

On pourra encore se dire que si les aigrefins du CAC 40 n’avaient pas fait venir des immigrés d’origine maghrébine et de confession musulmane par wagons entiers, nous n’en serions pas là. Ils auraient été bouddhistes on hindouistes, on évoquerait ici pagodes et temples, autres voiles orange, tatouages sur le front des filles et vaches sacrées.

Au fait, à propos de vaches sacrées, si l’on pouvait, une bonne fois pour toutes, tordre le cou de celui de l’antiracisme à front de bœuf et de cette laïcité ayant changé le coq gaulois en vulgaire chapon, ce ne serait pas du temps de perdu…

En attendant, si la gamine de Baby Loup, voilée ou pas, en plein tremplin social, entre Pôle emploi et RSA, pouvait éviter de faire écouter du rap à nos enfants, ce serait toujours ça de gagné. Après tout, cette Vierge Marie que les catholiques sont censés prier chaque jour que le Tout-Puissant nous accorde, elle déambulait plus en voile qu’en string…

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