Dorénavant, vous pouvez retrouver, chaque jour de la semaine, le bloc-notes de Boulevard Voltaire. Il est signé Dominique Jamet les lundi et jeudi, Benoît Rayski les mardi et vendredi et Nicolas Gauthier les mercredi et samedi…

Premier sinistre.

A l’état naturel, je veux dire avant coiffage, formatage et recadrage, a toutes les apparences d’un brave homme, et même d’un honnête homme. Il en a du reste la réputation. Aussi bien est-ce en toute simplicité, en toute spontanéité, sans y voir malice et sans plus de réflexion que le Premier ministre, répondant aux interrogations d’un chef d’entreprise lecteur du Parisien, avait cru pouvoir exprimer à propos des 35 heures une opinion qui rejoint celle de la plupart des Français. Si ceux d’entre eux qui ont la malchance d’exercer une activité inintéressante et mal payée ont plutôt bien accueilli une mesure qui, à défaut d’argent, leur donne des loisirs, il n’en est pas de même dans tous les secteurs où la diminution légale du temps de travail a entraîné désorganisation et perte de compétitivité, ni bien entendu dans toutes les professions où l’on travaille davantage sans supplément de salaire et désormais sans incitation fiscale, et où les 35 heures sont considérées au mieux comme une mauvaise plaisanterie, au pire comme une désastreuse sottise. « Cela mérite discussion », avait reconnu Jean-Marc Ayrault, « il n’y a pas de tabou. »

« Pas de tabou »… Qu’avait-il dit là ? L’encre du Parisien n’était pas encore sèche que, venue de tous les horizons de la gauche et de tous les niveaux du Parti socialiste, la foudre s’abattait sur l’iconoclaste insensé qui avait osé remettre en cause le chef-d’œuvre concocté par Martine Aubry, l’acquis social majeur institué par Lionel Jospin. Dépassé par l’orage qu’il avait suscité, le fautif eût été trop content de réduire la voilure et de rentrer en catimini au port. Il lui fallut, piteux, manger son chapeau devant l’Assemblée déchaînée, entre adversaires aux anges, vrais amis atterrés et faux amis secrètement ravis. Non, il n’avait pas dit ce qu’il avait dit, ou du moins l’on avait compris, peut-être par sa faute, le contraire de ce qu’il pensait. Il ferait beau voir que l’on revînt sur les 35 heures. Les 35 heures, qu’on se le dise, étaient intangibles et quiconque s’y attaquerait le trouverait, lui, Jean-Marc Ayrault, sur sa route. Ah mais !

C’était le début d’une semaine horribilis pour un Premier ministre désormais sinistré. Une semaine où une gauche décidément singulière a tenu à lui montrer qu’elle était plus plurielle que jamais. Le mercredi, les manifestants écologistes se déchaînent sur le site de Notre-Dame-des-Landes contre le projet d’aéroport que M. Ayrault porte à bout de bras, depuis vingt ans, avec le soutien bruyant de leurs élus au Parlement et l’approbation discrète de leurs représentants au gouvernement. Jeudi, les sénateurs du Front de gauche, en repoussant de concert avec l’ et les centristes, le projet de tarification de l’énergie, rappellent aux socialistes qu’ils ne sont pas majoritaires au palais du Luxembourg. Ce vendredi, les cotes de popularité du chef de l’État et de son Premier ministre plongent à des niveaux jamais atteints si peu de temps après une élection présidentielle. Déjà dans la pénombre du sérail, les quatre ou cinq ministres candidats à une succession qui n’est pas officiellement ouverte aiguisent leurs petits couteaux. Si désireux qu’il soit de soutenir un Premier ministre selon son cœur et de ne pas abattre dès à présent les cartes qui lui restent, M. Hollande ne va-t-il pas se trouver prématurément contraint de changer son fusible d’épaule ? Les cinq premières années de ce quinquennat s’annoncent difficiles.

Sciences Po.

Alors que la Cour des comptes dénonce la gestion aventureuse, les décisions arbitraires et les mœurs (financières) douteuses d’un Richard Descoings décidément moins grand mort que vivant, les conseils d’administration de la Fondation nationale des Sciences politiques et de l’Institut d’Études politiques, dont l’aveuglement complice est également pointé du doigt par la haute juridiction, désignent en la personne de M. Crès, jusqu’ici directeur adjoint, donc numéro 2 de Sciences Po, un homme que l’on a toutes les raisons d’associer aux succès mais aussi aux erreurs, voire aux fautes de son prédécesseur. C’est vouloir que l’école de la rue Saint-Guillaume reste exemplaire… Exemplaire de quoi au fait ?

Météorologie.

Il y a trente ans, le groupe Jalons, emmené par Basile de Koch et Frigide Barjot, manifestait sa colère aux cris de « Hiver assassin, Mitterrand complice ! » Vision prémonitoire. Les Américains tiendront-ils rigueur à de n’avoir pas su dévier la marche de l’ouragan Sandy ou lui seront-ils reconnaissants d’avoir courageusement pris parti contre une météo inacceptable ? Réponse mardi prochain.

Corrèze.

Monté sur le trône de France, Louis XII avait tenu à signifier qu’il oubliait les querelles et les combats qu’il avait connus comme duc d’Orléans. Élu président de la République, François Hollande tient à marquer sa fidélité au département sur lequel il avait sauté en parachute en 1986. Victime de la réforme de la carte judiciaire menée à la cravache par Rachida Dati, le tribunal de Tulle rouvrira prochainement ses portes. M. Hollande préparerait-il son retour à la Corrèze, qui ne ment pas ?

2 novembre 2012

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