Pourquoi la presse bruisse-t-elle de l’altercation sur le plateau d’« On n’est pas couché » entre Aymeric Caron et Natacha Polony, ancienne comparse muée, pour un soir, en invitée ?

On évoque les prises de bec, les échanges au vitriol, le mépris réciproque de part et d’autre d’une Léa Salamé un peu sur la touche, tentant malgré tout de caser les notes qu’elle a préparées ou d’enfiler laborieusement – sa neutralité étant relative… – l’habit du modérateur, du juge aux affaires familiales lors de l’audience de conciliation.

Car c’est ainsi que la presse interprète la scène : un règlement de comptes de vieux couple, des aigreurs conjugales audiovisuelles recuites. Pourtant, la réalité est tout autre.

La réalité est que Natacha Polony, comme Éric Zemmour, il y a quelques semaines, connaît les rouages du système. Et pour cause.

La réalité est que son cas est déjà jugé. Léa Salamé l’affirme avant même qu’elle n’ait eu le temps de se caler dans le fauteuil en face d’elle : Natacha Polony partage nombre d’idées avec Marine Le Pen. D’ailleurs, si elle devait faire de la politique, où irait-elle, hein, je vous le demande ? Inutile qu’elle s’en défende, qu’elle multiplie les dénégations, qu’elle se débatte, qu’elle proteste.

En quelques minutes, c’est la reductio ad Lepenum.

Caron prend aussitôt la suite : lui, ce qu’il veut savoir, c’est quelle est la magnitude de Polony sur l’échelle de Zemmour ? Est-elle un peu, beaucoup, complètement zemmourienne ?

L’important n’est pas de savoir ce que Natacha Polony a écrit dans son livre “Ce pays qu’on abat” et pourquoi elle l’a écrit. L’important est de la situer sur le graphe des axes du mal, où l’abscisse est Marine Le Pen et l’ordonnée Zemmour, et de la laisser là, épinglée sur son mur des cons en papier millimétré, plus le droit de bouger. Comme tous ceux qui ont osé gratter les idoles pour voir ce qu’elles cachaient : Europe, , insécurité, pédagogisme, etc.

Alors, on saucissonne son livre, on le coupe en rondelles, pour qu’il rentre au chausse-pied dans le petit tiroir qu’on a prévu pour lui. Juste en dessous de Suicide français. Suicide, abattage… mais qu’ont-ils tous, à la fin ? Quand la France respire pourtant la joie de vivre et l’opulence.

Caron compulse ses papiers, sec, catégorique, hautain, comme un prof qui ferait passer une khôlle à une prépa un peu « légère » : les statistiques de Natacha Polony sont discutables. Natacha Polony lui rétorque que ce n’est pas tant les statistiques qui importent que le ressenti des Français.

La réalité est là. Ce n’est pas pour ses airs étudiés de poète maudit que tous ceux qui étaient accros, en son temps, du tandem Zemmour-Naulleau, ont pris en grippe Aymeric Caron, se détournant peu à peu de l’émission. C’est parce que, comme tant d’autres – mais lui, en sus, en s’en vantant –, Caron prend la France pour une demeurée hypocondriaque. Il est vrai que le médecin, condescendant et pressé d’aller jouer au golf, peut toujours prétendre ne rien voir sur la radio et donner une grande claque dans le dos du malade en lui assurant qu’il pète la forme. Mais si celui-ci souffre, il souffre. Et changera un jour de praticien.

C’est peu ou prou ce qu’a prédit Polony à Caron, lui disant qu’il était à lui seul une fabrique d’électeurs du FN. Et ce n’était pas une vacherie de vieux ménage divorcé, mais au contraire un avertissement d’ami.

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