[…] Aymeric Caron a bien fait de réagir (si j’ose ce terme avec lui !).

Éric Naulleau, sans aucun doute, ne l’a pas laissé indifférent quand, sur un mode sarcastique et drôle, il suggérait Nabilla pour remplacer , par “souci d’homogénéité intellectuelle” avec Aymeric Caron.

[…] Il faut lire Aymeric Caron (Incorrect, Fayard) parce que, sorti des contraintes de “On n’est pas couché” avec Laurent Ruquier, il n’est plus masqué, il pourfend violemment ses contradicteurs, offre ostensiblement ses préjugés, son idéologie, ses partis pris et me semble paradoxalement beaucoup plus estimable avec ses polémiques frontales et ses partialités affichées que par le suintement perfide et orienté de ses questionnements télévisuels.

Son livre ne nous cache rien de lui et je n’imagine pas qu’il ait pu le publier s’il était assuré de sa survie dans l’émission de Laurent Ruquier, rendue peut-être problématique depuis ses propos coupés au montage, face à Alexandre Arcady, sur les enfants palestiniens tués par l’ israélienne.

Ces pages, en tout cas, le dévoilent. On saura au moins maintenant pourquoi, sans être stupide, on a le droit de ne pas aimer Aymeric Caron, les hostilités qui l’animent et son oeuvre.

[…] Ce qui me frappe essentiellement dans cet essai tient justement au fait que les chiffres, les nombres, les pourcentages, l’approche multiple du réel, les analyses des faits divers et de leur représentation médiatique, les entretiens ne sont appréhendés, derrière une apparence objective, que par une sensibilité et une intelligence ayant d’emblée choisi leur camp qui n’est pas celui de la vérité complexe mais de l’unilatéralisme se piquant d’être documenté.

Il y a, derrière cette compréhension poussée à l’extrême et en gros pour ce qui vient subvertir au détail notre société ou représente une menace plausible pour elle, comme une forme de condescendance, voire de mépris, presque de haine. Pour des idées qui sont si scandaleusement aux antipodes des siennes. Pour ces sentiments, ces peurs qui sont si maladivement contradictoires avec sa tranquillité et sa béatitude humaniste. Pour ces personnalités qu’il se permet parfois de démolir avec telle ou telle référence à des attitudes physiques, ce qui n’est pas très élégant de sa part.

[…] Imputant à ses adversaires un comportement simpliste et binaire – tout ce que je ne pense pas est caduc, tous ceux qui ne pensent pas comme moi sont dans l’erreur –, il tombe exactement dans le piège qu’il dénonce et se montre incapable de percevoir que, les réacs caricaturant les bobos, lui-même caricature les réacs ou ceux qu’il prétend tels. […] […] Au fond, Aymeric Caron aurait pu écrire un excellent livre s’il ne l’avait pas encombré de lui-même et de ses détestations personnelles. Jean Birnbaum, l’admirateur le plus précoce de son essai, ne s’y est pas trompé puisqu’il n’y a vu que la vitupération ! Il s’est donné un trop beau rôle en mélangeant tout et en n’expliquant pas grand-chose sauf à admettre que, la vérité étant forcément de son côté, le lecteur n’avait qu’à lui emboîter l’esprit !

J’aurais apprécié, par exemple, qu’il prît la peine de nous démontrer pourquoi il convenait forcément de se moquer d’un certain nombre d’affirmations majoritaires tournées en dérision sous la rubrique des “nouveaux bien-pensants” ou de citations “de la décomplexée”.

[…] Je remercie Aymeric Caron d’avoir écrit ce livre. Il faut le lire. Mais je ne veux pas tomber dans le panneau qu’il nous tend car ce serait lui complaire que de refuser la nuance. Je suis heureux d’avoir été un lecteur attentif.

Extrait de : Il faut lire Aymeric Caron !

4 mai 2014

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