Editoriaux - Entretiens - Internet - Santé - Sciences - Société - Table - 15 octobre 2016

Avortement : l’enjeu est aujourd’hui de rétablir une vraie liberté de choix !

Le gouvernement socialiste français s’en prend aujourd’hui aux sites Internet « pro-vie », avec notamment le projet de créer un délit d’entrave à l’avortement « numérique ». Peut-on encore exprimer librement, en France, son opposition à l’avortement ?

Sur la liberté d’expression, de conscience, d’information sur la question de l’avortement, il y a une montée en puissance, même si cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis la loi Veil, progressivement se sont mises en place des mesures interdisant petit à petit une quelconque opposition. D’abord, il y a eu le délit d’entrave qui faisait encourir une peine de prison à ceux qui voulaient entraver physiquement l’avortement. Ensuite, il y a eu la notion de détresse qui a été supprimée, etc. Il y a eu tellement de mesures que je ne peux pas toutes les citer.

La plus récente, c’est ce projet du ministre mal nommé de la Famille, pour un projet de loi sur un délit d’entrave « numérique » à l’avortement. En fait, il s’est rendu compte que les « pro-vie » étaient très présents sur les réseaux sociaux. Ils maîtrisent parfaitement les outils Internet, ils ont développé des sites, et donc le ministre Laurence Rossignol a décidé que ces sites étaient mensongers et faisaient de la désinformation auprès des femmes et qu’à ce titre, ces sites devaient être condamnés. Par conséquent, il va y avoir ce délit d’entrave numérique qui bâillonnera complètement la liberté d’expression, et surtout d’information sur l’IVG.

Parce qu’en fait, sur ces sites, il n’y a pas de mensonges particuliers, ce sont des sites qui informent réellement ?

Incontestablement, oui. Là, nous sommes vraiment dans l’idéologie pure, parce que quand on regarde les sites en question, ce sont des sites qui présentent des informations objectives sur l’avortement, qui disent la réalité des choses, qui offrent des informations pour que la femme ait une conscience éclairée. A contrario, le site gouvernemental ivg.gouv.fr est un chef-d’œuvre en matière de mensonge. Un chef-d’œuvre de manipulation des consciences, d’idéologie pour forcer, en quelque sorte, les femmes à recourir à l’avortement en cas de grossesse imprévue. Comme si, finalement, c’était la seule solution, pour une femme, d’avorter en cas de grossesse imprévue ou non désirée, et que le fait de proposer autre chose était une atteinte aux droits de la femme. On est dans une inversion complète des valeurs, puisque le site mensonger, c’est bien le site du gouvernement, et le site objectif, c’est le site des personnes qui cherchent à présenter l’avortement tel qu’en lui-même, dans sa réalité, dans ses conditions, dans ses conséquences. Nous sommes dans un combat idéologique. C’est le combat de la vérité contre le mensonge. Il faut rétablir la vérité contre vents et marées mais le problème, en France, c’est que, petit à petit, on risque la prison.

Le délit d’entrave lui-même avait déjà été pas mal étendu ? Ce n’est déjà plus simplement le fait de s’opposer physiquement à un avortement, n’est-ce pas ?

Oui, ce délit d’entrave concerne aussi l’information, c’est-à-dire que le fait de proposer des aides est considéré comme une entrave. C’est suffisamment flou pour que des personnes ou des associations qui ont des contacts avec des femmes en difficulté puissent être condamnées si elles proposent des aides à des femmes qui voudraient garder leur enfant. Il y a un délit d’entrave sur l’information qui n’est pas très clair dans la loi.

Inversement, si le concept de délit d’entrave s’est beaucoup élargi, il n’y a plus de délit d’incitation à l’avortement. On peut donc contraindre ou pousser une femme à avorter sans être inquiété ?

Exactement, et l’on est ici dans une inversion totale de la raison puisque aujourd’hui, effectivement, on peut inciter une femme à avorter sans être reconnu coupable d’un quelconque délit, ce qui est quand même assez stupéfiant !

Vous évoquez dans votre livre des femmes qui, très visiblement, avortaient sous la contrainte ou les pressions, et qui n’auraient sans doute pas avorté si on leur avait proposé des aides. Est-ce que vous rencontrez encore aujourd’hui des femmes à qui cela arrive et qui vous en parlent ?

Oui, j’en ai rencontré récemment, et c’est toujours la même douloureuse et tragique réalité. C’est-à-dire que ce sont des femmes qui sont vulnérables, qui se laissent piéger par la société, parfois aussi par leur entourage, par leur conjoint, et qui sont contraintes de recourir à l’avortement alors que, fondamentalement, elles auraient souhaité qu’on les aide à garder leur enfant. C’est quelque chose que l’on retrouve systématiquement. Quand on les écoute, les femmes disent leur désir de vie. Elles disent aussi leur difficulté. Il y a un enjeu essentiel, ne serait-ce qu’en termes de liberté aussi, puisqu’une femme qui avorte sous la contrainte, parce qu’on ne lui présente pas de choix possible, elle n’est pas libre. L’enjeu, c’est donc de rétablir la liberté de choix, même si on pense que donner le choix de supprimer une vie est gravissime, parce qu’il faut quand même pouvoir rétablir au moins la liberté. La liberté ne peut se réaliser qu’en proposant des aides, des alternatives, parce que la femme, au fond d’elle-même, sait très bien qu’elle n’est pas faite pour avorter. Je pense que si on arrive déjà à cela, on aura accompli un grand travail.

Entretien réalisé par Olivier Bault

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