• Ça chauffe à Gaza. Une fois de plus, une fois encore. Et comme presque toujours, les mêmes commentaires dans les médias. Épidermiques, d’un côté comme de l’autre ; aujourd’hui plutôt pro-israéliens, alors que c’était le contraire à la fin du siècle dernier. Ou alors, elliptiques, sachant que le sujet fâche dans les rédactions et que chez les journalistes, les CDI sont de plus en plus rares. Retour sur quelques idées reçues, pour commencer.

• L’État israélien n’est pas légitime. Tout à fait exact. Mais pas plus illégitime que les USA, fondés sur le génocide, et toutes les nations créées en son sud, fondées, elles – les catholiques ayant généralement eu la férule moins sévère que les protestants – sur la spoliation. L’illégitimité de l’État hébreu est donc encore fraîche. Plus que quelques décennies et le vol originel tiendra lieu d’acte de propriété, un peu comme les conquérants arabes ayant installé leurs tentes du Machrek jusqu’au Maghreb. Bien sûr, l’argument de l’antique royaume de Salomon ; il y eut autrefois un État juif… Mais à ce compte, autant exiger d’Obama qu’il remette aux Sioux, les clefs de la Maison blanche. Puis, rendons Nice aux Italiens et Istanbul aux Grecs pour faire bonne mesure.

• Après, l’argument doloriste. Selon lequel l’opprimé, parce qu’opprimé, aurait de fait raison, oubliant que l’oppresseur ne saurait avoir toujours forcément tort. Opprimés, les rescapés de la Shoah l’ont été indubitablement. Mais était-ce une raison pour aller jouer les coucous en Palestine, excipant du douteux concept « d’une terre sans peuple pour un peuple sans terre » ? Ce d’autant plus que durant la Seconde Guerre mondiale, il n’y eut pas pogroms antisémites en terre arabo-musulmane et que chez les Perses, la nationalité iranienne était offerte à tous les Juifs qui la demandaient. C’est d’ailleurs sûrement pour les remercier que Tel-Aviv menace de les vitrifier tous les matins. Aujourd’hui, les opprimés sont les Palestiniens, les Gazaouis, tout particulièrement. Eau et nourriture rationnées. Zones de pêche réduites à peau de chagrin. Drones qui survolent en permanence cette zone abritant la plus forte concentration humaine de la planète, la nuit de préférence. Alors oui, ils se révoltent. Lancent des roquettes. Ça ne sert à rien ? C’est vrai. Si ce n’est à sauver l’honneur. Comparaison n’est certes pas raison, mais les insurgés du ghetto de Varsovie, à part érafler la peinture des Panzers avec leurs fusils de chasse, que faisaient-ils de constructif ? Rien. Si ce n’est qu’ils sauvaient ce qu’il leur restait : l’honneur, la seule chose qui demeure quand tout vous a été volé.

• Alors, légitime ou non, Israël est une réalité et même les plus radicaux des Palestiniens savent qu’ils ne pourront « rejeter tous les Juifs à la mer ». La reconstitution des califats de jadis est un de ces mythes typiques d’un certain lyrisme oriental. Mais la création d’Israël en est encore un autre. Ainsi, avoir pu imaginer qu’il suffirait de pousser les Juifs du monde entier à installer leurs pénates dans une terre que la plupart d’entre eux était incapable de situer sur une carte pour créer une nation comme les autres est un concept qui a de quoi laisser rêveur. De fait, quoi de commun entre le Juif d’Europe de l’Est et celui de Palestine ? Ce dernier étant bien plus proche de ses voisins musulmans et chrétiens, parce que partageant le même mode de vie, musique, nourriture, vêtements, langue, que de cet envahisseur blond aux yeux bleus, qui joue du violon, cause yiddish et bouffe des trucs à ses papilles immangeables. Plus important que la religion (les premiers sionistes étaient laïcs), que l’ethnie (le « peuple juif », malgré son ancestrale tradition endogame, s’est beaucoup mélangé), c’est le fait culturel qui prime. En ce sens l’actuel Premier ministre Benyamin Netanyahu est une sorte d’intrus, puisque Américain de culture, il raisonne en Occidental en terre orientale. Pour s’en convaincre, il suffit de relire l’essai de Theodor Herzl, « pape » du sionisme, L’État juif 2, lui qui visait plutôt, comme destination future à ses projets, une terre inoccupée, d’où son hypothèse argentine…

• Après, l’argument du « terrorisme » et des « États voyous »… Vaste blague. Le terrorisme, à en croire la Convention de Genève, consiste à se battre sans uniforme, en partisan et en dehors des lois de la guerre. À ce titre, les premiers combattants de l’indépendance américaine étaient des « terroristes », au même titre que nos FFI, nos FTP ou que les futurs combattants du groupe Stern ou de l’OLP. Après, un terroriste qui a réussi, ça devient un résistant. Puis un partenaire et, enfin, un homme d’État. Ensuite, il y a le terrorisme d’État. Et force est d’avouer qu’en la matière, les USA et Israël squattent depuis longtemps les premières marches du podium, forts de guerres « d’auto-défense », menées contre un « terrorisme » généralement issu des officines de la CIA, car, sans la guerre d’Afghanistan, Al-Quaïda n’aurait sûrement jamais existé…
Nous ne sommes pas là dans le registre des opinions, mais des faits. Les premières se discutent. Les seconds devraient faire réfléchir les uns et les autres. Surtout par les temps qui courent…

Notes:

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17 novembre 2012

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